Pourquoi avoir abandonné Notre-Dame-des-Landes ?

Mercredi 17 janvier, le Premier Ministre Edouard Philippe a annoncé l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Une décision tantôt incomprise, tantôt applaudie mais très attendue. Les zadistes eux, ont célébré ce samedi une victoire historique après 50 ans de lutte. Mais que va-t-il advenir de ce terrain et de ses habitants ?

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  • Historique du cas « Notre-Dame-des-Landes »

Afin d’éviter de vous dérouler 30.000 signes sur l’historique du projet, on vous a préparé un montage rapide du cas NDDL, des années 1960 à aujourd’hui.

  • Pourquoi cette décision du gouvernement ?

Notre-Dame-des-Landes est devenue la bête noire des gouvernements successifs depuis les années 1960. Après 179 décisions de justice en faveur du projet, une consultation auprès des habitants, des problèmes environnementaux, et des actions médiatiques de la part des zadistes, aucune décision n’avait, jusqu’à lors, été prise. Comme l’a dit le premier ministre dans son discours lors de l’annonce de l’abandon du projet : « s’il y a bien un seul point au plan local comme au plan national sur lequel tout le monde s’accorde, opposants comme partisans, c’est la nécessité de sortir de cette situation, rien n’est pire que l’incertitude. »

Le candidat Macron avait pourtant promis lors de la campagne présidentielle de construire l’aéroport, tout en évitant que la situation ne dégénère.  A l’intérieur même du gouvernement, la question faisait débat : le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian se positionnait clairement en faveur du projet alors que le ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot se prononçait contre.

Pour le Premier Ministre « Notre-Dame-des-Landes, aujourd’hui, c’est l’aéroport de la division (…) Le projet de Notre-Dame-des-Landes sera donc abandonné. ». En mettant en avant l’importance de la cohésion sociale, le chef du gouvernement affirme ne pas vouloir forcer le développement d’un projet à ce point controversé. Selon lui, « Un tel projet qui structure le territoire pour un siècle ne peut se faire dans un contexte d’opposition exacerbée de la population. »

  • Quelles sont les solutions apportées par le gouvernement ?

L’abandon, c’est une chose mais que faire face à l’augmentation constante du nombre de voyageurs dans la région Grand Ouest, et à laquelle devait répondre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ? En 2017, le nombre de passagers de l’aéroport Nantes-Atlantique a augmenté de 14,9%.  Le gouvernement a donc décidé d’investir dans l’agrandissement de l’aéroport déjà existant de Nantes-Atlantique. Le nouveau projet prévoit une amélioration de la fluidité sur les lignes reliant les aéroports parisiens, et différents aménagements pour accueillir plus de passagers : extension de  l’aérogare, le renforcement des systèmes de bagages, ou encore l’agrandissement des parkings. Enfin, selon le premier ministre les problèmes de nuisances sonores des communes voisines seront réduits par l’allongement de la piste.

A Notre-Dame-des-Landes, la prochaine étape, c’est l’évacuation. 150 à 400 personnes vivent sur la zone de façon permanente. Le premier ministre a insisté sur l’évacuation de la ZAD et laisse aux zadistes jusqu’à la fin de la trêve hivernale pour quitter la zone. Les trois routes impraticables devront être remises en circulation et les obstacles retirés. L’une d’entre elle, la RD 281 autrement connue sous le nom de « route des chicanes », a d’ailleurs été rendue praticable dès le vendredi 26 janvier. Pour Edouard Philippe, il s’agit de « rétablir l’Etat de droit sur la zone ».

  • Quelles sont les conséquences de l’abandon du projet ?

Financièrement d’abord, Vinci réclamera surement des indemnisations l’entreprise avait, en effet, signé un contrat avec l’Etat pour travailler sur ce chantier. Les rumeurs évoquent 150 à 250 millions d’euros, mais n’ont pas été confirmées par les principaux intéressés. Quant à l’agrandissement imprévu de l’aéroport de Nantes, des problèmes logistiques émergent déjà. Puisqu’il était prévu que l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes voit le jour, celui de Nantes n’a fait l’objet que d’aménagements à court terme, il doit maintenant être repensé sur 50 ans. L’unique piste d’atterrissage va également devoir être refaite, ce qui pourrait entrainer des jours de fermeture.

Côté ZAD, la situation reste délicate pour un gouvernement qui va devoir évacuer NDDL sans esclandre. Si certains avaient prévu de quitter le terrain en cas d’annulation du projet d’aéroport, d’autres ont construit un réel écosystème avec agriculture et habitations, et souhaiteraient continuer d’y vivre. Certains rêvent d’imiter le Larzac, et de créer une entité juridique autonome qui gérerait la redistribution des 1.650 hectares de la zone possédée actuellement par l’Etat.

Les agriculteurs, qui avaient été obligés de vendre leurs terres à l’Etat pour la construction de l’aéroport pourront, eux, racheter leurs parcelles.

L’Etat pourrait également faire face à d’autres manifestations de zadistes en France. On peut notamment penser à la ZAD du Centerparc de Roybon (Isère), au centre d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure (Meuse) ou à Strasbourg (Bas-Rhin), contre un projet autoroutier.