Bilan amer pour la COP23

Du 6 au 17 novembre s’est tenue la décevante COP23. Le retrait réaffirmé des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat a hanté la conférence organisée par les îles Fidji, mais tenue à Bonn en Allemagne pour des raisons logistiques. Quant aux avancées notables, elles sont  très faibles au regard des problèmes qu’il reste encore à régler sur le sujet du climat.

Par Benj pour Pépédéa

Qu’est-ce que la « COP23 » ?

Malheureusement, il ne s’agit pas d’un super héros venu pour sauver la planète du réchauffement climatique mais bien de la 23ème édition des Conferences Of the Parties (« conférences des parties » en VF). L’objectif de cette COP23 était principalement de trouver des solutions et d’échanger pour la mise en place de l’accord de Paris d’ici 2020.

Les COP ont été mises en place dès 1995 par la communauté internationale,  afin de trouver une solution mondiale au problème du réchauffement climatique.  Lors de ces sommets internationaux, on définit les objectifs à atteindre pour les prochaines années, qu’ils soient communs ou spécifiques à certains pays.

Ils peuvent aboutir à de grandes avancées comme ce fût le cas lors de l’adoption du protocole de Kyoto en 1997 : 37 pays développés s’étaient alors engagés à réduire leurs émissions de CO2 de 5%. Cependant, on retient aussi les échecs et notamment la Conférence de Copenhague en 2009 qui devait être l’occasion d’établir un accord de lutte contre le réchauffement climatique mais qui n’a pas abouti au consensus désiré. La COP 21 à Paris fait, elle, partie des réunions historiques, puisque les 196 parties présentes (195 pays + l’Union Européenne) ont signé un accord promettant qu’elles feraient en sorte de limiter le réchauffement climatique en-dessous des deux degrés Celsius d’ici 2100.

Mais les COP ont souvent été critiquées pour leur manque d’efficacité, même lorsqu’elles aboutissent à des accords. Pour cette 23ème conférence, il y avait 19.000 participants réunis (soit deux fois moins que la COP21), dont une majorité de délégations africaines.

Que faut-il retenir de la COP23 ?

Les habituels débats entre Nord et Sud, entre libéraux ayant peur pour l’emploi et Verts demandant l’accélération des mesures écologiques ont été menés, sans nouvel accord majeur. Le bilan de la COP23 est décevant pour différentes raisons. D’abord, aucun leadership n’a su émerger, la participation d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel – les deux seuls dirigeants européens à s’être déplacés – n’a pas suffi à pallier l’absence de leadership américain.

Ensuite, la question des financements des pays développés pour aider les pays en développement à lutter contre le réchauffement climatique n’a pas été réglée. Un engagement avait pourtant été signé lors de la Conférence de Copenhague (2009) : 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 et jusqu’à 2100 pour les pays qui n’ont pas les moyens d’opérer la politique nécessaire pour lutter contre le réchauffement climatique. A Bonn, cette promesse a été rappelée par l’alliance panafricaine pour la Justice climatique qui accuse les dirigeants se rendant à la COP de ne pas vouloir parler de l’après 2020, et qui attendent plus d’explications et de garanties pour ces milliards de dollars promis. Le représentant des petites îles Amjad Abdulla a également rappelé que les pays du Nord avaient une « dette climatique » envers ceux du Sud, car ils étaient les plus gros producteurs de gaz à effet de serre sur terre.

Il n’y a pas eu de bonne résolution sur le sujet épineux des espèces en voie de disparition. Pourtant, en l’état et si on ne met rien en place, 30% des espèces devraient disparaitre d’ici 2100. 

A propos du climat, le président Emmanuel Macron a déclaré que « le seuil de l’irréversible a été franchi, les équilibres de la planète sont prêts à rompre », mais n’a pas fait d’annonces. Il a cependant justifié le prolongement des centrales nucléaires en affirmant qu’il ne fallait pas aller trop vite, et que fermer les centrales nucléaires aujourd’hui en France signifierait que l’hexagone devrait rouvrir ses centrales à charbon.

Mais alors rien n’a été accompli ?

Si le résultat reste décevant, il serait tout de même faux de dresser un bilan entièrement négatif. Deux engagements sont à noter. Premièrement, un bilan des émissions de gaz à effet de serre sera réalisé au terme d’une année de dialogue dit de « Talanoa » qui signifie « parler avec le cœur » en fidjien.  Dans un communiqué daté du 18 novembre, les Nations Unies parlent eux d’un « processus de dialogue inclusif, participatif, et transparent ».

Deuxièmement, une vingtaine de pays dont la France, le Canada et le Royaume-Uni se sont engagés à sortir du charbon. Toutefois, les pays qui ont accepté d’en finir avec cette énergie fossile polluante n’en sont pas les plus gros utilisateurs :  L’Allemagne, la Chine, l’Inde ou encore les pays d’Asie du Sud-est – pour qui le charbon est la principale source d’énergie- n’ont rien signé.

Afin de pallier le retrait des Etats-Unis et ses financements, Emmanuel Macron a tenu à assurer que l’Europe compenserait le trou budgétaire laissé par la sortie des Américains qui pourrait mettre en danger le très important GIEC, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

Quel avenir pour les COP ?

On se souvient de l’émotion de Laurent Fabius pendant la séance finale de la COP21, lors de laquelle des accords majeurs avaient été signés. Cette conférence annonçait alors des progrès importants pour l’écologie de demain.

Deux ans plus tard, les Etats-Unis sont dans un processus de sortie de l’accord et il semble difficile d’accomplir cette tâche déjà fort délicate sans l’implication du deuxième plus gros émetteur de CO2 au monde. Sans compter que l’implication des pays les plus pollueurs -tels que la Chine ou les Etats-Unis-  avait motivé la participation d’autres pays. Des experts craignent un effet boule de neige et le désengagement en masse d’Etats ayant ratifié l’accord.

Si les traités de la COP21 ne sont pas respectés, les conséquences pour la planète pourraient être désastreuses. Le National Geographic avait par exemple, publié des nouvelles cartes du monde basées sur la poursuite de la fonte des glaces : à terme, une montée des eaux de 65 cm et les littoraux grignotés un peu partout, même en France. Le CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives) a également publié une carte pointant du doigt différents endroits du monde qui pâtiraient directement du réchauffement climatique : d’ici la fin du siècle, l’Europe pourrait subir des hivers aussi froids qu’au Québec, la sécheresse ferait fondre les neiges du Kilimandjaro et détruirait l’agriculture en Afrique, et les cyclones et tempêtes se feront plus violents et frapperont durement l’Amérique du Nord comme du Sud.

Carte National Geographic

En parallèle de cette ambiance pessimiste, d’autres acteurs émergent dans la lutte contre le réchauffement climatique. Des villes et régions états-uniennes ont par exemple décidé de ne pas suivre les directives de Donald Trump et de respecter l’accord de Paris, ce qui pourrait diminuer l’impact de la décision du président.

Quelles sont les événements importants à venir ?

Si la COP23 aura peu d’impact sur le réchauffement climatique, de nombreux acteurs de ce rendez-vous ont promis que 2018 serait l’année du passage à l’action avec de nouvelles résolutions. D’ici 2019, des rendez-vous importants sont à l’agenda des grandes puissances mondiales :

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, compte également mettre en place un sommet climat en septembre 2019. Il ne reste qu’à espérer que ces rendez-vous conduiront à la mise en place de politiques concrètes.