L’indépendance de la Catalogne

Depuis le référendum pour l’indépendance du 1er octobre, la Catalogne et le gouvernement central à Madrid ne cessent de s’affronter. Vendredi 27 octobre, le parlement de la Catalogne a déclaré l’indépendance de sa région, contre l’avis du gouvernement espagnol. Le président espagnol Mariano Rajoy a été inflexible et a immédiatement placé la Catalogne sous tutelle du gouvernement central, lui retirant l’autonomie dont elle bénéficiait jusqu’alors. Résultat ? Le parlement catalan a été dissout, et son président, Carles Puigdemont, a été destitué. Ce dernier pourrait faire l’objet d’une procédure judiciaire pour « rébellion » et risquer jusqu’à 30 ans de prison. Il est, pour le moment, réfugié en Belgique.

Par Séverine Grandadam

 

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Par Kurt pour Pépédéa

  • Pourquoi c’est le bazar depuis le 1er octobre ?

Le dimanche 1er octobre, la question : « Voulez-vous que la Catalogne soit un Etat indépendant sous la forme d’une république ? » a été posée à la population catalane par référendum. Le scrutin a mobilisé 2,2 millions de personnes aux urnes sur 5,5 millions d’électeurs catalans (42%), mais la participation a été perturbée par la répression de la police nationale, qui a fait fermer plusieurs centaines de bureaux de vote et entaché par des violencesLe « oui » l’a emporté à 90 %, selon les autorités catalanes.

Ce référendum avait été approuvé début septembre par le Parlement catalan, alors à majorité séparatiste, déclenchant des tensions avec Madrid. Immédiatement après cette annonce, le gouvernement espagnol avait déclaré qu’il n’autorisait pas la tenue d’un tel vote, jugé illégal car contraire à la Constitution du pays. En effet,  selon son article 2  « la Constitution a pour fondement l’unité indissoluble de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols. » En théorie, le pays ne pourrait donc pas se séparer d’un de ses territoires.

Le soir même du référendum, Carles Puigdemont a déclaré la victoire du « oui » et affirmé : « Citoyens de Catalogne, nous avons gagné le droit d’avoir un Etat indépendant qui prenne la forme d’une République ». Pourtant, depuis le 1er octobre, des manifestations unionistes se font également entendre. Ca a par exemple été le cas le dimanche 29 octobre, où un million d’Espagnols ont défilé dans les rues de Barcelone pour une Espagne unie. Une nette fracture se dessine au sein de la population catalane entre les « pro-indépendance » et les « pro-union ».

  • D’où vient cette volonté d’indépendance ?

Les soubresauts indépendantistes catalans s’expliquent avant tout par des raisons historiques et culturelles mais aussi économiques.
L’identité catalane est forte et ancrée depuis longtemps. Si la région a intégré l’Espagne dès le XVe siècle, la culture catalane n’a cessé de grandir, et revendique la paternité de célèbres artistes comme Antonio Gaudi. La langue est aussi un des moteurs forts de cette culture, au point que le catalan serait plus enseigné que le castillan (langue nationale) à l’école.

C’est en 1932 que la Catalogne se voir accorder, pour la première fois, un statut d’autonomie. Mais le régime de Franco remet cet accord en cause dès 1939, interdisant jusqu’à l’utilisation de la langue catalane. Il faudra ensuite attendre 1979 pour que le statut autonome de la région soit rétabli. Et 2006 pour que la Catalogne soit reconnue comme « nation » par Madrid, qui autorisera la création d’un gouvernement régional catalan.

En 2010, ce statut de « nation » commence à être questionné par le Parti Populaire (PP), parti conservateur, mené par Mariano Rajoy. Lorsqu’il accède au pouvoir en 2011, il affirme sa volonté « d’espagnoliser » la Catalogne. Un regain de revendications indépendantistes commence à se ressentir.

Catalogne

La crise économique est également au cœur de l’escalade des revendications indépendantistes : la Catalogne, est une région moteur de l’économie espagnole, puisqu’elle produit 19% du PIB du pays et représente 16% de la population totale. Les indépendantistes se plaignent de ne pas recevoir autant que la région ne donne et estiment que la Catalogne perd 16 millions d’euros par an en étant dans l’Espagne. En 2002, des avantages fiscaux sont octroyés à la Navarre et au Pays basque par Madrid, animant encore le sentiment d’injustice ressentit par les Catalans. Ces dernières semaines ont en fait marqué l’apogée de sept années de montée en puissance des volontés indépendantistes catalanes.

  • Comment s’est passée la dernière tentative d’indépendance ?

Une tentative de référendum avait été menée par le leader indépendantiste Arthur Mas en 2014, mais le bras de fer avec le gouvernement espagnol avait alors poussé le dirigeant catalan à transformer ce « référendum » en une « consultation ». Lors de ce scrutin, 2 millions de Catalans sur un potentiel effectif de 6 millions de personnes, avaient voté, 80% des votants s’étaient alors dits favorables à l’indépendance de la Catalogne. Le résultat, très semblable à celui d’octobre 2017, avait déjà été jugé illégal par Madrid. Mas a ensuite été contesté par son propre camp et condamné à 2 ans d’inéligibilité, cédant sa place à Carles Puigdemont. En 2015, les indépendantistes ont obtenu une majorité absolue au Parlement catalan lors des élections régionales, permettant la mise en place du référendum du 1er octobre.

  • Quelles pourraient être les conséquences d’une indépendance catalane ?

Le référendum a d’ores et déjà engendré des problèmes économiques pour la Catalogne. La banque Banco Sabadell a par exemple connu une chute en bourse de 7% à la suite du référendum. Certaines grandes entreprises et banques ont déjà délocalisé leur siège hors de la région.

En outre, en cas d’indépendance de la Catalogne, la région sortirait immédiatement de l’Union Européenne, certainement de l’OTAN et  sa participation à la Liga (équivalent espagnol de la Ligue 1) serait remise en question.

PUIGDEMONT

par Kurt pour Pépédéa