Orelsan: La fête est finie

La Note: 7,5/10

Le Verdict:

De très bons aspects mais aussi quelques envies de balancer mon ordi par la fenêtre. C’était mieux avant. Enfin non. Enfin si.  Dur à dire. C’est… différent. 

ORELSANCapture d’écran YouTube / OrelSan-Basique

Wesh alors,

Orelsan et moi, c’est une histoire d’amour cheloue et honteuse par moments, qui commence avec Changement, sorti en 2009. Aimer Orelsan, c’est  un peu comme sortir avec une meuf moche mais que t’aimes quand même et que tu dois défendre devant tes potes. Si cette métaphore vous scandalise (ce que j’espère) elle a aussi pour but de vous faire un petit résumé de la méthode Orelsan. Vous balancer une punchline à priori révoltante mais à laquelle vous ne pouvez pas vous empêcher de rire ou même de vous identifier..

par Victor Sanchez

  • Petit background d’Orelsan

Quand Changement est sorti, c’était la première fois que j’écoutais un morceau de rap dans lequel je m’identifiais. J’écoutais du rap, ça oui, mais j’habitais un bled de 100 habitants alors le délire banlieue sale, drogues et putes, c’était pas un truc dans lequel je me reconnaissais particulièrement. Par contre, un mec qui me dit en chanson qu’il s’est chopé des virus en téléchargeant un album et du porn sur Emule, là, okay c’est honteux mais je m’identifie à 100 %. Un rappeur qui vient d’une ville moyenne, qui parle d’arrêts de bus, de jeux vidéos, de vieux, de jeunes, de meufs, même si les trois quarts des paroles me semblaient cryptiques à certains moments (j’avais 16 ans, okay?), c’était totalement mon trip.

Et putain c’était drôle. Sérieux, qui pensait se taper des barres en écoutant un morceau de rap ? « Haaan mais si tu traduis les paroles de Wu-Tang, y’a des trucs marrants, et cette chanson de NTM qui… » TA GUEULE. TA GUEULE TA GUEULE TAAAA GUEULE. Perdu d’avance, son premier album, était un disque stupide, drôle, vrai, et conçu avec les pieds ainsi qu’un certain je-m’en-foutisme qui correspond totalement au personnage. A l’époque, ça a commencé à devenir aussi hype que honteux d’écouter du Orelsan, parce que c’était du rap de blanc (alors qu’aujourd’hui on se branle sur Vald, Roméo Elvis et j’en passe) et du rap de teenager.

Est arrivé Le Chant Des Sirènes (2011), et là, la claque dans la gueule. Le mec explose dans les charts et le skeud est une tuerie, au point de devenir disque d’or un mois après sa sortie. Aujourd’hui disque de platine, il reste une référence du rap français des années 2010. Des textes plus sombres, un sens aiguë de la punchline as usual, des chansons marrantes et des chansons tristes. Une recette qui a totalement marché parce que, comme moi, l’audience qu’il avait réussi à toucher avait grandi et, désormais apte à prendre du recul sur la vie et le merdier que ça pouvait être, se posait des tonnes de questions. En gros, on rigolait toujours après des cochoncetés bien crades, mais on flippait nos mères parce qu’on atteignait un stade de nos vies où il allait falloir cacher tout ça parce qu’on devenait « grands ».

Pour être honnête, je n’ai suivi que d’assez loin ce qu’Orelsan a foutu ces dernières années. Je n’ai pas trop écouté les Casseurs Flowters, parce que j’aime bien le rap de Gringe mais au bout de deux morceaux je sature, et j’ai maté « Comment c’est loin », que j’ai bien aimé. Mais lorsqu’Orelsan a annoncé la sortie d’un troisième album solo, j’ai commencé à attendre ça avec de plus en plus d’impatience.

La Fête est finie – Les tracks

Après quelques semaines d’attente, « La Fête Est Finie » est enfin dans les bacs. L’heure est venue de retrouver un vieux copain d’adolescence qui m’a aidé à grandir et à devenir con dans le bon sens du terme.

San : première chanson, premier uppercut. Je me demande si l’album va être entièrement dans ce style là, mais putain j’en redemande. Je m’identifie carrément à certains passages et ça me provoque un petit truc au fond de l’estomac pas agréable. Il a visé juste d’entrée de jeu. On est loin de la gaudriole des débuts et ça m’apparaît clairement comme une note d’intention et un message du style « ça sera pas pareil que les autres albums, deal with it ». Orelsan a grandi, la fête est finie un peu. Ça tombe bien, on a grandi aussi.

La Fête est Finie : Morceau éponyme, mélancolique, mais j’accroche pas. Je sais pas si c’est dû aux paroles ou au beat qui me déplaît fortement, mais j’adhère pas.

Basique : Le tube de l’album sorti, dévoilé il y a quelques semaines. Pareil, j’ai du mal avec le beat mais je trouve un truc assez intéressant. Le mec énonce au début du morceau qu’il va énumérer des trucs simples, basiques et basta. Littéral as fuck, et il fait que ça. A vous de décider si c’est un exercice de style ou de la fainéantise, quoiqu’il en soit, c’est une chanson concept comme on peut en trouver sur ses albums (genre 1990 et 2010  sur Le Chant des Sirènes) et même si la démarche est risquée, elle a l’air de fonctionner (18M vues sur YT) et ça reste marrant. Orelsan quoi. Basique.

Tout Va Bien : Trop slow, trop gnangnan,  trop bon enfant. Ou bien il a voulu nous faire sa balade de l’album, auquel cas bah ça a pas fonctionné sur moi, ou bien je n’ai pas compris le délire. Il a voulu faire ça, il l’a fait. Simple.

Défaite de Famille : La chanson qui risque de triggered un bon nombre de gens puisqu’elle caricature un repas de famille beauf au possible du point de vue d’un connard antipathique qui regarde tout ça avec mépris. Mais… mais putain qui  ne s’est jamais retrouvé dans ce genre de situation ? T’as beau aimer ta famille, tu t’es jamais retrouvé au milieu d’un repas de famille ou ton oncle beauf se lève pour gueuler sur le mec qui s’occupe de la sono de mettre des trucs des années 80 ? Forcément, on s’identifie au propos, et Orelsan fait ce qu’il fait de mieux : il te choque, te fait marrer, et te rappelle qu’il est un mec comme toi, sauf qu’il fait du rap et parle de ce que toi tu vis dans ta life.

La Lumière : Oooookay, alors là, je suis dubitatif à l’extrême. Une chanson d’amour. Avec de l’autotune. Sur un album d’Orelsan. J’ai mon sens critique qui s’affole. D’un côté, ça me plaît, la chanson est bien, sans plus. De l’autre, ça ne ressemble pas à du Orelsan. Et là je rentre dans la catégorie du mec qui dit « ouais mais c’était mieux avant » et je déteste ça parce que je dis quelques lignes plus haut qu’Orelsan évolue dans sa vie et dans son rap. Bref, donc le mec a une meuf, il en parle, et c’est plutôt logique finalement. Sauf que ça n’est pas dans ses standards. Donc est ce que je me dis que c’est dans la continuité de sa démarche, auquel cas c’est bien et j’adhère, ou alors c’est contraire à son style et je peste ? Je suis perdu.

Bonne Meuf : Dilemme encore. C’est très con, très ado attardé,  et marrant. Malheureusement, je trouve la track un peu trop simple. Sauf que pour le coup (contrairement à la chanson d’avant) ça lui ressemble plus. Je ne sais pas ou me situer sur l’échiquier critique et ça me perturbe putain, ça fait deux chansons de suite.

Quand est-ce que ça s’arrête : la chanson complainte de l’artiste célèbre. En général ce genre de son ne passe pas avec moi, mais dans son cas, je lui concède quand même une part de vérité. J’pense que pour un mec « bat les couilles » comme il est (était?), se retrouver sous les feux de la rampe ne doit pas être facile, surtout en voulant garder une ligne de conduite (donc son audience) et rester fidèle à ses envies (se renouveler).

Christophe (ft. Maîter Gims) : la blague de l’album. La chanson qui m’a fait rire pour de mauvaises raisons. On tient là la faute lourde de l’album. Déjà, parce que c’est un feat avec Maitre Gims. Alors, ça ne concerne peut être que moi, mais Maître Gims me file la tourista et me donne envie de rouler sur des chatons avec un Hummer. Ensuite, le morceau est CLAIREMENT celui de l’album qu’on risque d’entendre tous les prochains soirs dans toutes les boîtes de nuits, avec son instru dancehall au possible, et des paroles… Mon dieu, Orelsan, c’est quoi ces paroles ? On dirait une parodie de toi. Si tu devais donner une chanson à tes détracteurs pour qu’ils disent « tu vois que c’est de la merde ? », bah ce serait celle-ci. Gims est putain d’anecdotique. NRJ doit se frotter les mains en se disant « on a la chanson subversive de la playlist les gars » alors qu’elle va seulement choquer les gens qui écoutent Vianney et Grégoire.  Non, vraiment, Gims a encore ruiné un son, même si de base il était pourri.

Zone  (ft. Nekfeu et Dizee Rascal): Oui, vous avez bien lu. C’est genre « L’amour est dans le Pré » avec Le Pen qui va passer deux semaines dans la ferme de Melenchon: hautement improbable, mais ça peut être marrant. Donc dans Zone, Orelsan formule l’antithèse de la chanson d’avant en disant qu’il est parfois tenté de faire des trucs qu’il ne veut pas faire mais qui vont rapporter commercialement. Dude, tu peux pas faire Christophe et dire ça dans la chanson juste après. Ou alors ma théorie de la blague et de l’ironie se confirme: il a voulu tripper et se foutre de la gueule des gens, et dans ce cas, je crie au génie. Pitié, dites moi que c’est ça. Nekfeu fait du Nekfeu, rappe vite et fait des phrases longues, et Dizzee Rascal rappe en anglais. Ce morceau est une énigme.

Dans ma ville on traine : On s’identifie sans doute mieux à cette chanson si l’on vient de Caen, mais, venant d’une ville du même gabarit, je peux faire quelques parallèles avec mon bled. Sans forcer le trait, la chanson reste plaisante, bien écrite et surtout très cool pour les Caennais.

La Pluie (ft. Stromae) : Stromae fait du Stromae. Littéralement. Je serai pas surpris qu’il ait fait l’instru et au final, cette chanson a plus sa place sur l’album de Stromae que d’Orelsan. Intéressant mais hors de propos.

Paradis : Okay Orel, tu es amoureux. On a compris, et du coup t’as voulu faire une chanson un peu tristoune ou tu parles de ta meuf avec tes mots. C’est triste, mélancolique, joyeux, et nos petits coeurs tendres se reconnaissent. Du coup, ça me plaît. On se rapproche de ce qu’il faisait sur Le Chant des Sirènes.

Notes pour Trop Tard : Même qualité que l’intro. Ca me parle totalement, et c’est une sorte de notice pour les branleurs magnifiques et autres losers qui peuplent notre cosmos. C’est très juste parfois, et ça transpire la sincérité. Et c’est complètement paradoxal parce que c’est l’exact opposé de ce qu’il pouvait prôner y’a quelques années dans ses textes. C’est le requiem d’un ado qui a grandi et qui veut t’expliquer que tout va bien aller, que grandir c’est chiant et vieillir horrible, mais que dans le fond ça va aller. Il prend un rôle de mentor, et s’en sort grâce à une track juste et pertinente.

  • Orelsan se rapproche de l’album de la maturité

Bon, l’album est fini, comme la teuf, et je suis perplexe. Certains aspects m’ont plu, d’autres m’ont donné envie de jeter mon ordi par la fenêtre.

La raison principale de ce verdict mitigé, c’est qu’il est difficile de se positionner d’un point de vue critique. Orelsan a changé, ça c’est clair. On ne va pas appeler ça l’album de maturité mais on s’en rapproche. Il parle de célébrité, de meufs, de trucs crados, de trucs banals, Orelsan quoi (basique). Mais il en parle différemment. Est ce que je reste fidèle à mon principe qui dit que « c’était mieux avant est une phrase de connard » ou est ce que je fais le connard et je dis « c’était mieux avant ? ». Je ne suis pas sûr. Parce que non, c’était pas mieux avant. Enfin, si en fait, mais là c’est pas nul. Enfin  je ne sais pas. C’est différent. Et c’est un bon point, puisque c’est sa putain de note d’intention depuis des lustres.

Dans ses anciens albums, Orelsan criait qu’il était un mongolo loin des stéréotypes de rappeurs, juste un mec comme nous mais avec une plume. Aujourd’hui, il crie qu’il est un mongolo comme nous mais qui a grandi, mûri, et qui a des réflexions différentes. C’est mal ? Non, ça suit son évolution et c’est cool parce les fans de la première heure à qui ce changement va provoquer un truc ont grandi aussi. C’est comme s’il nous demandait « est ce que si je pars dans cette direction, vous me suivez encore ? » sans vraiment l’admettre et en même temps, il fait l’album qu’il veut sans attendre la réponse. Une dualité qui me fait encore plus aimer ce mec parce qu’il me ressemble. La question de l’album au travers de son parti pris et de ses textes c’est « est ce que c’est le bon choix ? » et c’est beau, j’accroche, et je relate totalement car moi même dans une période ou je me pose ce genre de questions, sur une échelle différente.

Il y a bien plus à gratter dans cet album qu’un simple « j’aime ce son, et pas l’autre ». Musicalement parlant, je ne suis pas aussi emballé que sur le Chant des Sirènes, mais du point de vue de l’artiste, bah j’adhère. C’est son évolution, et je suis un peu déçu de ne pas retrouver l’humour des premiers sons. Mais peut-être qu’au fond, ce qui me fait vraiment chier, c’est d’avoir grandi et perdu l’insouciance de ma jeunesse. Comme lui. Et ça me fait me dire qu’Orelsan, c’est ma copine moche, et que rien que parce, depuis mon adolescence, il me parle avec des mots que je comprends, et bah je le défendrai devant mes potes pendant encore un moment.