La crise des Rohingyas

Jeudi 28 septembre, une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies se tenait autour de la question des violences perpétrées par l’armée contre la population rohingyas en Birmanie. Depuis le 25 août dernier, date à laquelle des rebelles rohingyas ont attaqué des postes de police aux frontières, on assiste à des représailles violentes de la part de l’armée birmane. Ces représailles qualifiées « d’épuration ethnique » par l’ONU, ont donné lieu à la fuite en masse de la population rohingyas : plus de 500 000 personnes auraient rejoint le Bangladesh selon le Haut Commissariat aux Réfugiés.

ROHINGYAS
Des Rohingyas fuyant la Birmanie pour le Bangladesh / Diapo 20minutes.fr

Qui sont les Rohingyas et pourquoi parle-t-on de persécutions ?

Le terme « Rohingyas » désigne une minorité musulmane concentrée au nord de l’Etat d’Arakan (région administrative de Birmanie proche du Bangladesh), un territoire majoritairement bouddhiste. Les Rohingyas sont persécutés depuis des années par la majorité bouddhiste , qui les considèrent comme des sous-citoyens et refusent de leur reconnaître la nationalité birmane. Ces dernières semaines, ils ont massivement fui leur territoire d’origine pour échapper à ces persécutions et tenter de trouver refuge au Bangladesh.


Etat d’Arakan – Capture d’écran Google Maps

Si la situation a dégénéré ces dernières semaines, notamment à cause d’attentats commis par des Rohingyas extrémistes, le traitement réservé aux membres de l’ethnie est pointé du doigt depuis plusieurs années. Il y a un an, le Huffington Post comparait la Birmanie à un « nouveau Rwanda »  tandis qu’en 2013, Courrier International relayait déjà les violences infligées aux musulmans, observant la montée d’un discours identitaire des bouddhistes extrémistes diffusant de façon récurrente de violents messages anti-musulmans. A tel point  que, cette même année 2013, le Time a réservé sa Une à Ashin Wirathu, chef extrémiste de l’ethnie bouddhiste rakhine, accompagnant sa photo d’un titre fort:  « Le visage de la terreur bouddhiste ».

Quelles actions ont été mises en place jusque-là ?

Depuis le début de la crise actuelle, il est très difficile pour les observateurs internationaux d’avoir accès à des informations fiables puisqu’ils ne peuvent pas entrer sur les territoires concernés. Le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Zeid Ra’ad al Hussein a affirmé que « La Birmanie ayant refusé l’accès aux enquêteurs (…), l’évaluation actuelle de la situation ne peut pas être entièrement réalisée, mais la situation semble être un exemple classique de nettoyage ethnique. »

L’an dernier, Aung San Suu Kyi avait créé une commission spéciale pour inspecter la situation sur le territoire où vivent les Rohingyas, afin de déterminer l’ampleur du conflit. Pourtant, depuis le 25 août et le début des représailles de l’armée, la dirigeante birmane s’est fait discrète. Elle a même attendu mardi 19 septembre pour prononcer une allocution depuis la capitale administrative de la Birmanie, Naypyadaw. Le prix Nobel de la paix 1991 a été vivement critiquée pour son silence. Questionnée par le Dalaï Lama sur sa position, elle a surtout insisté sur la complexité de la situation.

Lors de ce discours, elle a toutefois condamné les violences faites aux populations et a exprimé son désir de voir la Birmanie unie. Elle a également insisté sur la lourde tâche à accomplir et le temps nécessaire pour faire cesser le conflit. Cependant, Aung San Suu Kyi a fait part de sa volonté de « mettre fin aux souffrances de notre peuple aussi rapidement que possible. »

aung san suu kyi

Croquis de notre dessinateur Benj  datant du 14 septembre, à retrouver sur notre page Facebook

Pourquoi ce long silence de la part du prix Nobel de la paix 1991 ?

La communauté internationale s’est largement étonnée du silence de celle qui avait jusque-là été présentée comme garante des droits de l’homme dans son pays. Il est tout de même important de préciser qu’Aung San Suu Kyi, qui tient les rênes de la Birmanie depuis avril 2016 après une longue période d’assignation à résidence, n’a pas tous les pouvoirs dans son pays. Malgré la victoire de son parti, la LND, aux premières élections libres birmanes depuis 20 ans, elle reste assujettie au pouvoir de l’armée.

Dans son discours jugé « timide » par beaucoup d’observateurs, la dirigeante birmane s’est dit prête à débuter la « vérification » des identités des Rohingyas ayant fui au Bangladesh. Mais, problème majeur, les Rohingyas n’ont pas de papiers pour prouver qu’ils vivent en Birmanie depuis des générations.

A l’International, les soutiens aux Rohingyas se font entendre. Samedi 16 septembre, un rassemblement pour les soutenir a eu lieu à Paris. Nina Walsh d’Amnesty International a appelé la communauté internationale à prendre les choses en main alors que le Dalaï Lama exhorte toujours la dirigeante birmane à ramener la paix au sein de sa population.

Comment le Bangladesh accueille-t-il les réfugiés ?

Si un processus de retour des Rohingyas en Birmanie semble être en cours de discussion, le Bangladesh continue de recevoir des milliers de réfugiés sur son sol. En coopération avec les ONG, les autorités tentent d’organiser la vie des réfugiés afin d’éviter une catastrophe sanitaire.

Mais le Bangladesh étant l’un des pays les plus pauvres au monde, il en appelle à la communauté internationale pour obtenir plus de moyens. Les autorités ont évoqué la création de « zones de sécurité » à la frontière  banglado-birmane afin d’organiser le retour progressif des Rohingyas à domicile. Il n’est toutefois pas certain que tous les réfugiés soient prêts à retourner sur les terres où ils se sont fait persécuter.

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