Ça : Pennywise Dreadful

La Note : 9/10

Le Verdict:

Sans appel j’en ai bien peur. Allez voir ce film. Non, courez voir ce film. Non, putain, FONCEZ IMMÉDIATEMENT VOIR CE FILM.

Hello,

Mesdames, messieurs, les autres, vous aviez rien demandé mais je suis de retour pour vous livrer un gros pavé rempli de blagues foireuses, d’avis tranchés, de badpuns pourris, de mauvaise foi et d’autres joyeusetés ! Et je crois que c’est mon intro la plus naze depuis un bail mais je m’y remets doucement, soyez indulgents. D’autant qu’aujourd’hui, j’me fous pas de votre gueule,  puisqu’on va parler d’un film que j’attendais comme le messie, le Graal horrifique, l’arlésienne pelliculée qui a mis plus de temps à sortir qu’un mec de l’Assemblée Nationale à trouver l’entrée et son siège. Oui je suis de retour, mais je  ne suis pas le seul car IL est Revenu. AMEN.

par Victor Sanchez

CAStephen King France

Adapté du génial roman de Stephen King

Stephen King, ça vous parle ? Si vous vivez dans une grotte ou dans le Cantal, ce qui est à peu de choses près équivalent (mdr j’rigole, trkil), sachez que King est le King. La description pourrait s’arrêter là parce que ça résume assez bien la situation, mais tâchons d’être plus précis quand même: SK (pour les intimes) est l’auteur d’une centaine de nouvelles et romans, et l’un des écrivains les plus lus dans le monde. Shining, Cujo, Christine, Salem, j’en passe et des meilleures. Son œuvre a une influence considérable sur toute une génération et ça continue encore (et encore). Il faudrait un article complet juste pour la présenter tant elle est est importante, ses tenants et aboutissants, bref tout le tralala, mais on va juste se contenter de cette courte évocation. Le reste du rendez-vous, c’est vous qui assurez avec votre meilleur pote Wikipédia.

It ou en français Ça est donc un film d’Andrés Muschietti adapté du génial roman de Stephen King, avec Bill Skarsgard, Jaeden Lieberher, Finn Wolfhard et un tas d’autres acteurs aux noms chiants à écrire donc je vais ou leur filer des surnoms ou les appeler par le nom de leur perso. Pour l’histoire, c’est euh… c’est compliqué. En gros, un groupe d’ados est confronté à une menace surnaturelle qui terrorise la ville de Derry dans le Maine, et qui s’en prend aux enfants. Je précise pour les puristes dont les cheveux se hérissent sur la tête, j’ai résumé ça par dessus la jambe et j’viens de vous compiler un livre de 1100 pages en une phrase.

CAWIGLAF

Dessin de Wiglaf

Comme à mon habitude, et ce pour plus de clarté parce que sinon ça ressemblera à rien, je vais faire des petits points.

• • • • • • • • • • • • • •

Passée cette vanne de merde, je vais établir mon constat sur ce film à travers les bonnes et les mauvaises choses. Oui, c’est une technique de branleur mais c’est encore moi qui commande ici.

Les bons points

  • Le film est réussi

Okay, c’est sans doute très con comme argument mais fallait commencer par le formuler clairement. Ce film est une réussite majeure et la preuve qu’Hollywood, avec un peu de volonté, peut sortir de bonnes adaptations de King et surtout réussir à faire des longs métrages horrifiques corrects. A ce titre, bravo la Warner pour avoir redoré le blason des films de flippe, avec The Conjuring et maintenant It.

  • C’est beau

Ceci est un point très important qui va faire sens à la fin de la critique au moment de l’avis général. Le film est une merveille plastique, et comporte des plans putain d’iconiques. C’est torché avec maestria et on a enfin un réal avec une vraie patte qui fout ses mains sur une adaptation de King, chose qui n’était pas arrivée depuis Darabont et The Mist.

Mon avis rejoint celui du Fossoyeur de Films, un très bon Youtubeur que je vous recommande d’ailleurs, sur le fait que Muschietti est un conteur horrifique. D’ailleurs, son précèdent film, Mama, l’a clairement prouvé : l’homme a les skills pour raconter une histoire au milieu d’un univers visuel très prononcé. C’est pas pour rien que le mec a été adoubé par Guillermo Del Toro. Que ce soit dans les décors, dans la photo ou dans les plans, chapeau au réal et aussi au crew derrière lui pour avoir réussi à transposer sur grand écran et rendre vivant un univers pas si facile à retranscrire.

  • L’univers est bien retranscrit

Ouais, ça fait écho à la dernière phrase du paragraphe du dessus, je suis un mec comme ça, j’aime quand ça concorde. Prendre la décision de transposer le film dans les années 80 alors que le roman se passe dans les années 50, c’était la meilleure chose à faire selon moi pour arriver à créer un certain sentiment d’appartenance et de cohérence avec les spectateurs. Bien que ça ait fait gueuler dans les chaumières quand ça a été annoncé, je reste sur ma position en disant que c’était une très bonne idée et que le résultat est cool. Ceci étant dit, il y a quelque chose de plus dans « l’univers du film ». M’voyez, la spécialité de King c’est de faire surgir le surnaturel dans le quotidien et ce de manière horrible la plupart du temps. It est un roman ultra glauque ou on parle quand même d’enfants qui se font buter et de peurs enfantines, et insuffler ça dans un film, c’est le genre d’exercice ou on peut facilement se péter les dents. Mais force est de constater que non.

L’ambiance est complètement OUF. A l’instar de Mama, le malaise est palpable dans quasiment chaque plan, et on sent qu’un truc sournois est en train de se passer sous nos yeux. Maintenant une tension permanente et s’autorisant que très peu de touches comiques ou de repos, Muschietti place le spectateur dans une situation inconfortable et surtout, surtout, arrive à retranscrire parfaitement la démarche de King en rendant un univers quasiment banal complètement anxiogène et glauque avec l’apparition du surnaturel. Et encore putain, les persos adultes sont en grande partie responsables aussi. Si le film prend le point de vue d’enfants, les adultes sont représentés comme des êtres complètement abjects. Du père incestueux sur les bords au pharmacien pédophile, y’en a pas un pour rattraper l’autre et on sent clairement que les gamins sont seuls dans leur merde et ne peuvent compter que sur eux face à des adultes qui ne les croiraient pas ou qui sont au même titre que Pennywise, des monstres.

  • Les décors sont crades comme on aime

Ils sont à l’image de l’ambiance : crade. Ça suinte, ça pue, ça craque sous l’effet du vent, bref c’est horrifique à souhait. D’une maison abandonnée qui sort tout droit d’un film de James Wan, aux égouts, le soin apporté aux décors est phénoménal et contribue à instaurer la crédibilité d’un univers qui n’est pas censé l’être. Là ou je veux en venir, c’est qu’on croit en ce qu’on nous montre et on s’investit dedans, grâce au ton général du film et à son enveloppe plastique. Dans un film d’horreur qui veut avant tout raconter une histoire et pas faire peur pour rien (coucou Paranormal Activity), ce sont des composantes qui font d’office du film une réussite.

  • Le casting est crédible

Je vais m’en tenir aux gamins parce que Pennywise-le-FDP aura son propre paragraphe. Que dire à part que ses gamins sont exceptionnels. Sérieusement, c’est ce que j’ai écris sur mon calepin pendant le film. Le Club des Ratés (pas celui avec Fuzati, on parle ici du nom du crew des gamins) rayonne et encore une fois EST PUTAIN DE CREDIBLE. On a affaire à une vraie bande de potes sur écran, des gosses avec qui on irait bien faire des cabanes ou des barrages et qui d’une certaine façon rappelle les bandes de potes qu’on pouvait avoir à cet âge là. Tous les acteurs sont formidables, mais j’ai une préférence pour les personnages de Ben et d’Eddie. J’vais pas vous faire la liste des persos mais sachez que la bande regroupe Bill Le Bègue, Beverly La Rousse, Ben le Petit Gros, Mike le Renoi, Eddie le Petit Asthmatique, Richie La Grande Gueule, et Stanley le Juif. Si ça vous semble caricatural, c’est normal et les persos sont caractérisés par un attrait physique ou de comportement (Bill bégaie, Richie lance vanne sur vanne, Ben est gros etç). Vous êtes quand même à Hollywood et il faut faire s’attacher le spectateur à des persos faciles d’accès. Ayant lu le livre, j’ai carrément plus accroché à cette version des persos que celle du téléfilm (on y reviendra). C’est quasiment naturel on dirait, ils sont tous très justes et prennent le film à bras le corps. Clairement un des atouts du film, tout est crédible, sauf la coupe mulet de Henry Bowers qui me rend limite content de perdre mes tifs et d’être sûr que j’aurais jamais une gueule pareille.

  • Pennywise le clown est un régal

Clairement, quand on fait un film sur une entité paranormale prenant l’apparence d’un clown la plupart du temps, il faut pas foirer son clown. Et Pennywise est déjà considéré comme une icône de pop culture grâce à l’interprétation de Tim Curry dans le téléfilm. A l’instar d’Heath Ledger reprenant le rôle du Joker après Nicholson (vous allez hurler les fanboys de Nicholson), Bill Skarsgard EXPLOSE complètement la performance précédente et s’impose comme LE PENNYWISE.

Flippant comme c’est pas permis, chacune des apparitions est un pur régal. J’ai été agréablement surpris de le voir parler, m’attendant à un boogeyman silencieux, ce qui aurait été franchement chiant surtout quand on sait que le Pennywise du bouquin est pas capable de fermer sa gueule à certains moments. Et putain, quel prestance, quel jeu. De la première scène (qui est au passage une véritable mandale et vous indique clairement que vous êtes pas venus pour rigoler) à la dernière apparition, c’est un putain de bonheur de voir sa tronche et de le voir terroriser le Club Des Ratés. Mention spéciale à cette scène incroyable dans la maison où les Ratés se fritent avec lui pour la première fois. Quand on a un méchant aussi réussi, c’est qu’on a déjà réussi son film en quelque sorte. Et chapeau à Skarsgard parce que non seulement les attentes étaient très hautes, mais il a su donner vie et de manière plus que convaincante à une icône et un monstre clé de l’univers de King. GG Bill. Contrat rempli.

  • L’humour est efficace

Parce que oui, on peut faire un film sur des enfants qui se font bouffer, et on peut rire quand même. On a le droit à des touches d’humour pendant le film et aussi dans la synergie de groupe du Club des Ratés avec Richie qui s’arrête jamais de jacasser et de s’en prendre aux mères de ses potes. Mention spéciale à ce plan qui m’a fait penser à du Edgar Wright (et si vous saviez comme j’aime Edgar Wright, vous comprendriez pourquoi j’ai tiqué) avec le poster des New Kids On The Block.

Les mauvais points

  • La peur n’est pas au RDV

Ca peut sembler super paradoxal pour un film d’horreur mais It ne fait pas peur ou presque. Du moins dans le sens général et accepté pour un spectateur qui s’attend à sursauter en permanence. It est horrible et effrayant mais ne fait pas peur, dans le sens ou même si y’a quelques jump scares, on frissonne jamais vraiment. Enfin, j’y reviendrai quand je donnerai l’avis général mais disons que je m’attendais à me chier un peu plus dessus, clairement.

  • Des effets visuels inutiles

On parle ici des effets spéciaux et pas des effets pratiques. Je pense particulièrement à une scène où Pennywise sort d’un écran avec une taille démesurée et fout le merdier dans un garage. Alors je ne sais pas c’est quoi le problème de la Warner à vouloir foutre à chaque fois une créature en images de synthèse dans ses films (The Crooked Man de The Conjuring 2, c’est à toi que je parle) mais c’est vraiment une idée de merde. Quand on a un acteur qui fait le job plus que bien, quel besoin de le faire apparaître en images de synthèses en mode « bigger than life » si ce n’est pour claquer du budg’ ? J’veux bien croire que c’est la Warner qui a pensé à ça parc qu’ils l’ont déjà fait avant, mais sérieux, stop.

  • Pennywise qui danse

Mais j’ai ri comme un con. Et merci Internet.

Une histoire avant d’être un film d’horreur

Pour résumer tout ce merdier, It est un très bon film d’horreur, au-delà même de mes attentes, et c’est surtout grâce à l’implication de son équipe. Muschietti est un conteur horrifique, je l’ai déjà dit, et je pense que sa note d’intention était de raconter une histoire avant de faire un film d’horreur. C’est le genre de réal à s’emparer d’un sujet et le traiter à fond, et qui a choisi de le faire dans l’horreur parce que cela permet d’avoir un univers visuel fort et des antagonistes qui peuvent se permettre de ne pas être « crédibles » (dans le sens surnaturel). Plus qu’un amas de jump scares qui auraient rendu l’expérience fun mais vide de sens, Muschietti utiliser toutes les armes disponibles et son empreinte stylistique forte et distinguée pour raconter son histoire.

C’est pas pour rien qu’on a un casting aux petits oignons et un tel soin apporté à la direction artistique du film. Muschietti sait qu’on peut pas faire vivre un univers de film et en avoir peur si l’emballage est pas correct. Encore une fois, regardez les Paranormal Activity. C’est vide, moche, et chiant et quand ça veut faire peur, ça n’y arrive absolument pas. Parce que y’a zéro histoire et qu’on en a rien à foutre qu’ils se fassent buter par un fantôme qu’on voit même pas. Alors que balancer une bande de gamins avec qui on serait bien potes dans un univers glauque remplis d’adultes teubés et d’un clown tueur, ça, c’est vendeur et ça pose vraiment la base d’un très bon film d’horreur.

Mieux que l’adaptation de 1990

It est un très bon film et je vous le recommande chaudement, très chaudement même. C’est grâce à ce genre de film que j’ai encore de l’espoir sur les films d’horreur à Hollywood, qui n’ont pas peur d’être jusqu’au-boutistes, n’en déplaise à certains qui ont jugé le film trop soft. Mais quand dès la première scène, un gamin se fait arracher le bras et bouffer, j’pense que venant d’un studio comme la Warner et avec autant de budget, on peut quand même reconnaître qu’ils ont pris leurs balls à deux mains sur ce coup là.

Avant de finir, parce que bon, si vous êtes arrivés là, vous êtes des champions, un mot sur le téléfilm de 90 que j’ai totalement zappé dans mon intro. It a déjà été porté à l’écran en 1990 par Tommy Dee Wallace en téléfilm de deux parties, sur une durée totale de 3h30. Je pense faire une critique dessus un jour mais en l’état, sachez que le film a été le maître-étalon des adaptations de King sur petit écran et qu’il l’est encore aujourd’hui. Mais il a très très mal vieilli et vraiment, sans remords ni regrets, je place la version de Muschietti en po-po-po-pole position. Libre à vous d’aller y jeter un œil mais préparez vous à du cheap même si, en étant honnête, certaines scènes font toujours mouche. Quant à Pennywise 2017, sachez qu’il est déjà de retour sur les planches pour la deuxième partie de It qui sortira en 2018 ou 2019. C’est loin, c’est chiant, mais Citizen Kane s’est pas fait en trois jours hein.

Et moi je vous laisse, je gratte depuis 2h donc je vous avoue que si IT est de retour, je le putain de suis aussi les gars et sincèrement j’espère pas mettre un an avant de ré-écrire une critique pour vous. Je me sens chaud, expect me sooner than planned.

La bise.

V.