Solidays 2017 – 10 questions à Lyre Le Temps

Electro-swing, hip-hop et jazz ne sont pas des mots incompatibles. Lyre Le Temps continue de le prouver avec un troisième album, Prohibition Swing (fin 2016) , dans lequel la lyre traverse le temps pour atterrir proprement dans l’ambiance insouciante des années 30. Et nous voici dans un bar enfumé des Etats-Unis à nous saouler au marché noir, dansant frénétiquement sur chaque note qui parvient à nos oreilles. Sur la scène du festival Solidays, le voyage est encore plus intense. Il y a l’énergie, le rythme et la volonté. Après leur concert, Ry’m et DJ Q sont venus au micro de Pépédéa, pour parler de leur passion et nous livrer leur rêve de gosse et autres anecdotes.

LLT
DJ Q (à gauche) et Ry’m (à droite) de Lyre Le Temps/ Photo: Lylia Berthonneau / Pépédéa

Bon déjà comment s’est passé le concert ?

DJ Q: Très bien formidable, j’ai adoré. J’ai pas pleuré cette fois-ci alors que la première fois j’ai pleuré. J’ai été fort.

Ry’m: Franchement de la bombe atomique. C’était vraiment cool. Un super moment. On a senti les gens ultra chaud dès le début du concert. J’avais pas mis le premier pied sur scène qu’ils étaient à fond la caisse. On était aussi vachement contents, parce que c’est rare les festivals où tu joues à 17h et que c’est blindé, les gens sont ultra chauds quoi. C’est la fête. La fête cash.

On a cherché à en savoir plus sur le nom de votre groupe, et on a trouvé plusieurs explications différentes venant de vous. Vous nous expliquez une bonne fois pour toutes ?

Ry’m: Ca dépend, laquelle t’aimes bien  ?

Pépédéa: Celle où vous dites que « lyre » fait référence au premier instrument mélodieux, et « le temps » à votre habitude de piocher dans toutes les époques.

Ry’m: Ouais c’est ça ! Franchement, c’est ça, mais le tout départ de l’histoire, c’est que la lyre était le premier sampler de Amorphe, qui était le premier DJ hip-hop du groupe. Et c’est avec ce sampler-là qu’il a fait les premières prods du groupe, c’est parti de là. Mais l’histoire, c’est de faire un clin d’oeil à Retour vers le futur, de pouvoir mélanger les époques et de faire des voyages dans le temps.

Parlez-nous un peu des débuts. A quel moment vous êtes-vous dit: « on va faire de la musique » ?

Ry’m: Moi j’ai rencontré le premier producteur du groupe, DJ Seconde, parce qu’il était manager dans un fast food où j’ai bossé pendant 3 ans. A l’époque, je jouais pas mal de piano, et il m’a dit « Ry’m, regarde, j’vais te montrer que tu peux faire de la zic. Tu verras qu’avec un piano numérique, tu peux faire sonner un cuivre, mettre un son de batterie ». J’ai vraiment découvert la musique assistée par ordinateur, et la capacité que t’avais à faire une orchestration d’un morceau avec un vrai arrangement, en tant que claviériste. A partir de ce moment-là, j’ai acheté un ordinateur et je n’ai fait plus que ça. Et depuis cette époque, on produit.

DJ Q: Moi, ça vient un peu de mon père. Et de grosses claques que je me suis prises avec le rap français et l’arrivée du scratch. J’entends du scratch partout, je deviens ouf, je vois NTM sur scène, Cut Killer, tout ça. Ca m’éclate la tête. Ensuite, je me suis intéressé à l’aspect technique des compétitions comme le DMC (championnat du monde de DJ). J’ai rencontré des DJ de ma région dont certains sont devenus champions du monde, et comme on était potes, on s’est entraîné ensemble jusqu’à ce que j’arrête de faire que de la technique, et que je me mette à faire partie d’un groupe. Un truc plus musical quoi.

Vous auriez fait quoi sinon ?

Ry’m: Quand j’étais petit, je voulais être pilote de chasse, parce que je voulais voler. Aujourd’hui, quand je fais une heure de concert, j’ai l’impression de voler. T’es dans un état d’extase un peu, c’est une espèce de monté d’adrénaline. C’est un peu une drogue.

DJ Q: Moi je suis passé par toutes les phases classiques des gamins. Tu veux faire pompier, puis éboueur, et après tu veux être architecte. J’ai fait des études après, dans le commerce, mais vers 12 ans c’était déjà assez clair que je voulais être DJ. Une fois que j’avais entendu Cut Killer, c’était fini, je ne voulais plus rien faire d’autre.

Vous venez de milieux musicaux très différents. Avez-vous encore cette excitation du début à fusionner vos genres ?

DJ Q: Ouais! C’est trop cool justement, de confronter nos avis. C’est vraiment très intéressant, parce que c’est clair que si t’es dans un groupe de hip-hop, tout le monde a un peu les mêmes références et ça se recoupe rapidement. Là, on a tous une vision différente de la musique, et ça rend le truc intéressant à fond. Et du coup, t’as l’impression d’arriver à tirer le meilleur de chacun.

Ry’m: Il faut que tu t’imagines qu’à chaque fois qu’on arrive à mélanger des styles et à se mettre d’accord sur quelque chose, c’est comme si on décuplait la capacité de l’autre à réaliser « Ok, j’ai ouvert une porte là, donc on peut aussi essayer ça ». Plus on trouve qu’on est inspirés et plus on a d’idées. C’est de pire en pire quoi ! C’est que des concessions, mais c’est pas frustrant parce qu’on aime ça.

Cette symbiose se ressent dans l’évolution de votre style, entre un premier album très électro-swing et un troisième aux sonorités plus hip-hop. Vous pouvez encore aller plus dans le mélange des genres ?

Ry’m: Le jour où je réponds non à cette question j’arrête de bosser. C’est tellement un style de niche… Aujourd’hui, on est parmi les 5 ou 6 groupes référents de l’électro-swing en France sur les plateformes comme Deezer, donc les gens nous attendent un peu. Mais en même temps on s’est toujours permis de faire ce qu’on voulait dans nos albums, c’est à dire qu’il n’y a pas de limite. C’est génial.

Question pour Ry’m, y a-t-il un avant et un après The Voice ?

Ry’m: Il y a un avant et un après The Voice par rapport aux gens qui me reconnaissent dans le métro ou dans le tram, c’est clair. Ou quand je rentre dans une maison de disque et que les gens savent qui je suis, alors que c’était pas le cas. Mais ce que j’ai fait à The Voice, je l’ai fait en tant que Ry’m, pas Lyre le Temps, bien que j’ai gardé les styles qui me plaisent dans l’état d’esprit qu’on a avec le groupe, ce côté faire la fête, danser, et j’espère pas trop prétentieux. Ca a plutôt servi le projet, et aujourd’hui, est-ce qu’il y a des gens qui viennent de The Voice pour voir les concerts de Lyre le temps ? Evidemment, parce qu’il y a tellement de gens qui regardent The Voice que ça crée des passerelles. Tant mieux.

Aujourd’hui c’est les Solidays, où vous êtes déjà venus. Comment s’est passée votre première fois ici ?

Ry’m: Les Solidays pour moi c’est un truc de malade ! La première fois qu’on est venu ici, j’étais pas prêt, je me suis fait éclater. J’suis rentré chez moi, j’avais des frissons. Au-delà de la cause du festival, des frissons venant de la musique, du concert, de l’énergie dans l’échange. Il y a un tel mélange dans le public, dans les types de personnes devant nous… C’est dingue ! Il est 17 heures, t’as 5 000 personnes devant toi qui ne se ressemblent pas et qui sont là pour faire la teuf. Donc revenir ici, c’était la pression.

Et pour la cause, en quoi c’est important d’être ici ?

Ry’m: Pour ce qui concerne le Sida, pense que tant qu’il y a des gens qui sont encore atteints du VIH, c’est qu’on en a pas suffisamment parlé. Donc c’est génial, il faut faire perdurer ce genre de choses pour que la génération suivante en entende encore moins parler que nous. Après, vu ce que mes parents me racontent, je pense qu’on y est moins confronté aujourd’hui. Ca ne veut pas dire qu’il faut être moins vigilant, ni qu’il faut faire moins d’action, mais ça veut dire qu’on est sur la bonne voie.

Vous chantez quoi sous la douche ?