Journaliste : métier à haut risque au Mexique

Ce 15 juin, des manifestations sont organisées à travers tout le Mexique pour protester contre les meurtres de journalistes qui se succèdent depuis plusieurs mois dans le pays. Dernier en date, Javier Valdez, journaliste spécialiste du narcotrafic a été retrouvé mort, tué par balles, dans l’Etat de Sinaloa, au Nord du Mexique le 15 mai dernier. Connu pour ses reportages s’attaquant à la puissance des narcotrafiquants au Mexique, le journaliste dénonçait également les nombreux assassinats de ses confrères qui font rage dans le pays depuis 2000. On y compte plus de 100 journalistes tués en dix-sept ans, 4 depuis le début de l’année 2017 selon RSF.

AFP

AFP – Manifestation contre le violences aux journalistes – Guadalajara, Mexique.

Pourquoi le Mexique est-il si dangereux pour les journalistes ?

Classé 147e sur 180 dans le domaine de la liberté de la presse en 2017, le Mexique est devenu l’un des pays les plus dangereux au monde pour les journalistes… La majorité des assassinats de journalistes est attribuée aux cartels mais peu de sanctions ont été prononcées et très peu d’enquêtes menées.

Depuis l’arrestation du célèbre narcotrafiquant « El Chapo » en janvier 2016, la guerre des cartels a redoublé de violence. Le 23 mars, notamment, Miroslava Breach, une journaliste dont les articles d’investigation dénonçaient la proximité entre certains hommes politiques mexicains et des narcotrafiquants, a été tuée devant sa maison et devant ses enfants. L’assassinat a même été signé par un narcotrafiquant « El 80 ». Malgré tout, le crime est resté impuni. En effet, si un système de protection a été mis en place pour les personnes en danger, il est rare que les journalistes fassent confiance à un système judiciaire qu’ils jugent corrompu.

Et c’est parti pour durer ?

Il semble bien que l’insécurité se pérennise dans le pays. L’année 2016 a connu un record avec 11 journalistes assassinés. Certains journaux préfèrent même fermer leurs portes pour préserver la vie de leurs journalistes. En avril dernier, le journal El Norte décidait d’arrêter sa publication papier après que trois de ses journalistes ont été assassinés. La version Web a également été supprimée quelques temps après pour préserver la sécurité des journalistes.

Le phénomène n’est pourtant pas récent. En 2012 déjà, un rapport d’Amnesty International alertait sur l’insécurité des journalistes au Mexique. L’association dénonçait le meurtre de 6 journalistes durant le seul mois de mai. Cette insécurité semble s’être encore accrue depuis, le pays fait partie des pays pour lesquels RSF affirme que la situation est « difficile » pour la liberté de la presse, soit l’avant-dernier échelon sur le classement.

Des réactions des Mexicains ?

Si les autorités ne réagissent pas, ou peu, le dernier meurtre, celui de Javier Valdez, semble avoir fait l’effet d’un électrochoc sur la population : des milliers d’affiches reprenant la photo du journaliste ont été collées sur les mur du Culiacan, la ville où il a été tué. Il devient un symbole de cette insécurité. Un hashtag a même été créé pour protester contre les assassinats : #Yabastadebalas (il y en a assez des balles).

Au sein de la profession, l’heure est également à la mobilisation. 186 journalistes étrangers travaillant au Mexique ont cosigné, dimanche 21 mai – quelques jours après l’assassinat de Javier Valdez –, une lettre ouverte pour dénoncer le sort réservé aux journalistes mexicains. Le président, Enrique Peña Nieto, a prévu de renforcer le système de protection des journalistes dans les mois à venir, une protection qu’il avait déjà promis il y a deux ans.