Yémen : une guerre oubliée

Ce dimanche 26 mars a marqué le deuxième anniversaire de la guerre au Yémen et aucune amélioration n’est à prévoir pour 2017. Le conflit, entre les rebelles yéménites chiites et la coalition arabe conduite par l’Arabie Saoudite, est très peu médiatique. La population doit avant tout compter sur les réseaux sociaux pour partager son quotidien. Les témoignages se font nombreux sur Twitter notamment: #EndYemenSiege. Pourtant, mercredi 22 mars, six ONG ont décidé d’en parler. Action contre la faim, Handicap international, Médecins du monde, Première Urgence internationale, Solidarité internationale et Care affirment que deux tiers de la population du Yémen, soit 19 millions de personnes, se trouvent en « besoin humanitaire urgent ».

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Soldats yéménites en 2011 – Wikimédia

  • Pourquoi y a-t-il une guerre au Yémen, au fait ?

Le pays, qui figure parmi les plus pauvres du monde, se situe sur la pointe de la péninsule arabique, au Sud de l’Arabie Saoudite et à l’Ouest d’Oman. Dès sa création en 1990, le pays est divisé entre une majorité sunnite et une minorité chiite qui représente tout de même 40% de la population. Mais très vite, les chiites se sentent exclus des affaires économiques et politiques et se rebellent contre le gouvernement. L’Arabie Saoudite prend part pour le gouvernement en place alors que l’Iran est accusé d’aider les rebelles, qu’on appelle désormais les « rebelles houthistes » (du nom de leur leader), notamment en leur fournissant des armes.

En 2011, le mouvement des printemps arabes va donner une vigueur toute particulière aux rebelles. S’ensuit une crise politique qui se terminera au départ du président alors en place, et qui permet à Al Qaïda d’étendre son territoire au Yémen (affaire toujours en cours)

  • Que dénoncent les ONG ?

Avant tout, les conséquences de la guerre sur la population. 7700 personnes auraient été tuées en 2 ans, dont 1500 enfants selon l’ONU. L’Unicef parle également de plus de 2000 enfants blessés depuis le début du conflit. Sans oublier que cette guerre, a force de s’éterniser, a généré une crise humanitaire. Selon Médecins du monde, non seulement les denrées alimentaires manquent, mais certaines maladies facilement soignables deviennent mortelles par manque de médicaments. La famine liée à l’embargo est en phase de créer une crise humanitaire, relativement ignorée à l’international.

Jeudi 23 mars, Amnesty international a voulu mettre ce drame humanitaire sur le devant de la scène en déposant sur le Champ de Mars de fausses pierres tombales avec, en guise d’épitaphe, « les civils ne sont pas des cibles ». Une action visuelle et frappante qui permet à l’ONG de dénoncer ce qu’elle appelle la « complicité de la France » dans ce conflit.

  • Quel est le rapport entre la France et cette guerre ?

Amnesty International affirme que l’Arabie Saoudite fait partie des clients les plus importants de la France en matière de vente d’armes.  Dans ce domaine, l’année 2016 a été une année record pour la France qui a vendu pour 20 milliards d’euros d’armes. Malgré la demande de l’ONG d’arrêter ces ventes, le président de la république, François Hollande, n’a pas reçu Amnesty International. Il a pourtant répondu à l’organisation par écrit, précisant bien que la France respecte le Traité sur le commerce des armes de 2014 ainsi que la Position commune du Conseil… pas suffisant pour Amnesty pour qui la France n’est d’ailleurs pas la seule puissance en cause.

L’implication des Etats-Unis et du Royaume-Unis est également dénoncée par l’ONG. Ils auraient fourni pour 5 Milliards de dollars d’armes à l’Arabie Saoudite, une somme colossale en comparaison de l’aide apportée au peuple yéménite.

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