Crise humanitaire au lac Tchad

Djihadisme, difficultés économiques, famine… Le Nord-est du Nigéria, le Soudan du Sud et la région du Lac Tchad qui inclut le Niger, le Tchad et le Cameroun, comptent le plus grand nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde : 10 millions de personnes sont en situation de détresse complète. Vous n’en aviez pas entendu parler ? Normal, ça n’a pas vraiment été la priorité en 2016. Devant l’urgence et afin de mettre cette crise au centre des préoccupations, le Vendredi 24 Février, l’ONU organisait la Conférence d’Oslo, rien que pour parler de cette région.

TCHAD FILLONpar Scalpa pour Pépédéa

L’Organisation préconisait la récolte d’un milliard de dollars d’aides pour les 21 millions de personnes qui vivent dans cette région. Elle a réussi à récolter 672 millions de la part de 14 pays ; les premiers 458 millions seront débloqués en 2017 et les 214 millions restant en 2018. « Un très bon départ » selon le rapport de résultats de la conférence. Il était temps !

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Elle est si grave que ça, cette crise ?

Cette crise sans précédent combine attaques terroristes, problèmes environnementaux et famine. A cause de ces facteurs 2,6 millions de personnes ont été déplacées depuis 2013. Au Nigéria, la situation est d’autant plus bloquée que toute activité commerciale est surveillée par l’armée qui a peur que la population collabore avec les islamistes… pas facile de développer une économie solide dans ces conditions.
A cela, s’ajoute la sécheresse qui frappe plusieurs régions de l’Afrique de l’Est, notamment le Soudan Sud, le Niger, le Nigeria, le Cameroun et le Tchad. Il faut savoir que c’est la première fois depuis 2011 (crise de la Corne de de l’Afrique) que l’état de famine est déclaré dans une partie du monde. Depuis la mi-février, la situation est devenue plus qu’urgente : entre les 20 et 24 février, 100 000 personnes ont eu besoin d’une aide d’urgence au Soudan du Sud ; cette famine pourrait toucher un million de personnes dans les mois à venir.

Quelles sont les causes de cette crise en Afrique de l’Est ?

Tout d’abord, la guerre. En effet, cette partie de l’Afrique est en guerre depuis 2013. Au Nigéria, le gouvernement ne parvient pas à repousser Boko haram hors de ses frontières. Les routes sont bloquées, tout comme les ONG qui ne peuvent pas venir en aide aux populations locales en pleine famine. Au Soudan du Sud, la situation est tout aussi tragique : au nord, une guerre civile qui dure depuis 4 ans a obligé nombre de personnes à émigrer. La région est également accablée par des attentats à répétition. Le gouvernement tchadien a même annoncé l’état d’urgence en novembre 2015, régulièrement prolongé depuis.

A cela s’ajoute le réchauffement climatique. Le lac Tchad, qui est censé alimenter en eau 21 millions de personnes est aujourd’hui dix fois plus petit qu’il y a 50 ans ! Un projet d’importation d’eau venue du lac Oubangui est actuellement en discussion mais loin de faire l’unanimité, ce projet ne résoudra pas cette crise urgente. Pour ne rien arranger, les différents conflits empêchent les agriculteurs et les pêcheurs d’avoir accès au Lac dans une région où cette étendue d’eau constitue l’essentiel de l’approvisionnement alimentaire.

Quelle aide peut leur être apportée ?

Dans un premier temps, il faut prendre conscience que la situation a été largement négligée l’année passée. Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations Unies, va dans ce sens en affirmant : « Nous sommes face à une tragédie, nous devons éviter qu’elle devienne une catastrophe. » L’altermondialiste Jean Ziegler, auteur de Chemins d’espérance,  explique dans une interview à l’Obs le 26 février  que : «l’agriculture mondiale, dans l’étape actuelle de son développement, pourrait nourrir normalement (2200 kilocalories par jour pour un adulte en zone tempérée) 12 milliards d’être humains, soit presque le double de l’humanité actuelle.» Différentes solutions pourraient donc être mises en place au niveau mondial.
Ensuite, en continuant ce qui a été amorcé lors de la conférence d’Oslo. Les européens, le Japon, la Corée du sud s’impliquent déjà dans l’aide financière, l’Allemagne débloque par exemple 120 millions d’euros. En revanche, les Etats-Unis et le Royaume Uni ont reporté leur aide. Selon le commissaire européen aux affaires humanitaires Chrystos Stylianides, « Sans développement, il n’y aura pas de paix durable. »
Enfin, il va s’agir d’être vigilant afin d’éviter que les aides financières finissent aux mains des groupes armés pour ne pas empirer la situation.

UNEP / Programme des Nations Unies pour l’environnement