Berlinale, Césars, Oscars… Les récompenses du cinéma s’enchaînent tour à tour en cette fin février, défrayant la chronique à la moindre remise de prix et à chaque discours vibrant d’émotion. Mais cette mise en lumière ne profite pas à tous. Loin des projecteurs, un événement majeur du continent africain se déroule pour la 25e fois depuis 1969. Le Fespaco, plus grand festival de cinéma panafricain, a débuté ce week-end à Ouagadougou (capitale du Burkina Faso) et se poursuivra jusqu’au 4 mars.  ACTION !

FESPACO2Photo : Issouf Sanogo / AFP

  • Y’a le cinéma en Afrique ?

Et pas qu’un peu ! Le Nigéria est même le deuxième producteur de films de la planète, avec 200 vidéos réalisées chaque mois à lui tout seul. Un score qui place « Nollywood » derrière son cousin indien (Bollywood), mais devant l’industrie américaine (Hollywood). En revanche, les salles de cinéma ne pullulent pas, et l’édition se fait généralement pour le marché de la vidéo. Cela rend l’estimation des ventes quasiment impossible, en raison du piratage qui en découle.

Pour la 25e édition du Fespaco, le Burkina Faso a réhabilité une quinzaine de salles de cinéma. Un réel effort pour les organisateurs, qui disposent en tout et pour tout d’une enveloppe de 1,2 milliard de francs CFA, soit 1,8 million d’euros (dont 240 000 euros d’aides européennes). Un montant incomparable aux 30 millions de coût d’organisation des Oscars estimés par la chaîne américaine ABC.

Ce festival est l’occasion pour le cinéma africain de se mettre en scène.

A l’heure de la mondialisation, le cinéma africain doit s’évertuer à présenter l’Afrique dans sa réalité et sa profondeur. Imiter le genre de certaines nations ne fera que nous perdre, car c’est en voulant imiter l’hippopotame dans la nage que le coq s’est noyé!

Tahirou Barry, ministre de la Culture burkinabè

  • Et donc c’est un peu les César africains ?

Bien plus que ça ! Le Fespaco est un des principaux événements culturels d’Afrique, et regroupe des productions venues des quatre coins du continent. Si on fait abstraction du budget, on peut même considérer le festival comme les Oscars du cinéma d’Afrique. Pas moins de 950 films ont été inscrits pour la sélection officielle, dont 164 seront projetés lors d’une des 450 séances. Parmi eux, 20 long-métrages sont en lice pour la récompense suprême : l’Etalon d’or de Yennenga. Cette année, le bal des films en compétition s’est ouvert avec Frontières, d’Apolline Woyé Traoré (Burkina Faso). C’est la première fois que les hostilités sont ouvertes par une femme.

Outre la compétition officielle récompensée par l’Etalon d’or de Yennenga, le festival fait également la part belle aux court-métrages, séries télé, documentaires, et productions des écoles africaines de Cinéma. Tout est là 

  • Ah oui donc grosse ambiance en perspective ?

Vous ne croyez pas si bien dire. Le festival a été lancé samedi 25 par un concert d’ouverture donné par le musicien ivoirien (mais internationalement connu) Alpha Blondy en direct du stade de Ouagadougou. Il était ultra chaud et n’a pas dû être déçu de sa performance. La Côte d’Ivoire étant l’invitée d’honneur de l’édition 2017, son président, Alassane Ouattara, est également de la partie. Il remettra le prix final avec son homologue burkinabè, Roch Kaboré. Car si cet événement est centré sur le cinéma, musique et politique sont également à l’honneur. Oubliez ce qu’on a dit tout à l’heure, le Fespaco est plutôt un mix entre les Oscars et la Fête de l’Huma. Ce que l’on peut comprendre, dans un pays où les productions culturelles ont servi de miroir à la crise politique récemment terminée.

  • Mais euh… c’est pas un peu dangereux d’organiser ça là-bas ?

Un peu. Mais comme c’est le cas pour n’importe quel événement débouchant sur un rassemblement prévisible, à peu près n’importe où dans le monde en ce moment. Depuis la crise politique dans le pays, que Pépédéa vous a résumé ici, le Burkina Faso est devenu un havre de stabilité dans la zone sahélienne où sévissent les djihadistes. Enfin, presque. Le Burkina est impliqué dans la lutte contre le terrorisme, et a notamment perdu 12 soldats près de la frontière malienne en décembre 2016. En janvier dernier, un attentat jihadiste a tué 33 personnes dans le centre de Ouagadougou, capitale du pays. Le responsable de la sécurité Paul Sondo a affirmé être en « alerte maximum », mais concèdent toutefois que « le risque zéro n’existe pas » pour les 100 000 festivaliers présents.

  • Qui va gagner ?

Euh… On n’est pas madame Irma hein. Mais parmi les films très attendus de ce festival, on trouve Félicité, d’Alain Gomis, qui a décroché le Grand Prix du jury à la Berlinale. Le film raconte l’histoire d’une chanteuse d’un bar de Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo. Les yeux des spectateurs seront aussi tournés vers Praising The Lord Plus One, du cinéaste Kwah Paintsil Ansah qui fait son grand retour au festival 28 ans après son Etalon d’or pour Heritage Africa. Seront également présents deux films marocains, dont A Mile in My Shoes de Said Khallaf, primé au Festival du film de Tanger l’an dernier. Le Maroc avait emporté l’Etalon d’or de la précédente édition, avec Fièvres, d’Hicham Ayouch. En revanche, on constate l’absence totale de films nigérians pour la compétition suprême du festival. Surprenant, quand on a lu la réponse du premier paragraphe « Y’a le cinéma en Afrique ? ».

A noter que le jury sera présidé par Nour Eddine Saïl, un cinéaste marocain très important. Il a notamment fondé la Fédération nationale des ciné-clubs du Maroc en 1973, été critique ciné sur tous les supports médiatiques existants, scénariste et producteur, et, depuis 2003, directeur du Centre Cinématographique Marcoain. Bref, gros CV.

Capture d’écran 2017-02-27 à 12.04.11Photo : Twitter @LegeneralA

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