La guerre n’a jamais vraiment fini en Ukraine

Depuis le 18 février, la Russie reconnaît les documents officiels tels que les passeports, émanant des républiques rebelles auto-proclamées. De quoi mettre le feu aux poudres à une situation déjà tendue. Fin Janvier, le conflit a repris de plus belle dans l’Est de Ukraine.  Faisant fi de la trêve « illimitée » instaurée en décembre 2016, les forces pro-ukrainiennes et les séparatistes pro-russes ont repris le combat dans la ville d’Avdiivka, ville sous le contrôle de Kiev. Place Maïdan, pro-kiev, corruption, Russie, France, Allemagne ? Depuis 2014, le conflit en Ukraine est un méli-mélo difficile à démêler.

Pas de panique, pépédéa est là pour éclairer votre lanterne.

Capture d’écran 2017-02-16 à 14.12.35

Avdiivka : chiffres pour la semaine suivant le dimanche 29 janvier 2017

L’Ukraine, encore ?

La fin du mois de janvier a été marquée par de nouveaux affrontements entre forces armées ukrainiennes et forces séparatistes pro-russes d’une ampleur inédite depuis le cessez-le-feu signé en 2015. On dénombre 34 morts en une semaine dans la ville d’Avdiivka, qui devient le symbole de l’inefficacité des accords de Minsk.
Ces accords signés par l’Ukraine et la Russie en février 2015, sous l’égide de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), étaient censés mener à un cessez-le-feu immédiat. Finalement, ils auront seulement apaisé la situation, pour un temps. Le rapport du haut-commissariat des nations unies aux droits de l’homme, publié le 8 décembre 2016 est accablant. Il démontre que le conflit n’a, en fait, jamais vraiment cessé : 10 000 morts sont à déplorer depuis avril 2014.

Et les civils au milieu de tout ça ?

Sous les tirs de mortiers et d’artillerie depuis la fin janvier, les 20 000 habitants de la ville industrielle d’Avdiivka connue pour son charbon, et sa proximité avec la « capitale » séparatiste Donetsk, tentent de survivre au cœur du conflit. La population de cette cité ouvrière qui avait fui en masse en 2014, était parvenue, petit à petit, à se réinstaller à Avdiivka.
Pourtant, aujourd’hui, les conditions de vie deviennent de plus en plus insoutenables… Outre les morts directes liées aux affrontements, les habitants restent privés de chauffage et d’électricité, mais vivent aussi dans l’insécurité avec des libertés de mouvement réduites. Et cela malgré l’appel au calme de l’ONU et l’aide de certaines ONG.

Pourquoi l’Ukraine est-elle si importante pour la Russie ?

L’Ukraine fait partie de l’URSS jusqu’à sa chute en 1991. A cette époque, elle joue un rôle crucial dans l’industrialisation du pays. Elle devient vite une zone de transit de gaz vers l’Europe et donc une zone stratégique dans la grande union eurasienne que veut créer Vladimir Poutine. Difficile, donc, d’imaginer que la Russie veuille laisser l’Ukraine s’émanciper… Et, il faut le dire, les problèmes de corruption qui hantent le pays, n’aident pas franchement non plus. Selon un rapport de Transparency international, l’Ukraine est 131e sur 176, en 2016. Ce qui n’arrange rien : la population est largement divisée. A l’ouest, la majorité ukraïnophone est pro-Europe : « Nous ne sommes pas l’URSS, nous sommes l’UE » s’insurgent-ils lors des rassemblements, alors que l’Est, plutôt russophone, soutient les séparatistes.

Qui a commencé en premier ?

Comme l’on pouvait s’y attendre, les deux camps se relancent la balle, il s’agit pourtant d’une question récurrente et cruciale pour la résolution du conflit. Vladimir Poutine affirme que Kiev est à l’origine de la reprise des hostilités à Adviivka mais de l’autre côté le président ukrainien Petro Porochenko assure que la Russie est responsable. Le leader séparatiste pro-russe Alexander Zakhartchenko annonce que la paix n’est plus en vigueur car un de ses chefs de guerre a été tué alors que Petro Porochenko affirme que des « soldats russes » ont tiré à plusieurs reprises sur la ville d’Avdiivka. Le seul élément qui les met d’accord aujourd’hui : la paix n’est plus à l’ordre du jour.

A l’international, on en pense quoi ?

Il s’agit des premières violences de cette ampleur en Ukraine depuis l’élection de Donald Trump. Le président des Etats-Unis, qui souhaite un rapprochement avec la Russie, ne suit pourtant pas Poutine sur ce terrain-là. Après avoir affirmé que la Russie se devait de quitter la Crimée, le regain de violence et les agissements russes ont été condamnés par l’ambassadrice des USA à l’ONU Nikki Haley. « La situation terrible dans l’Est de l’Ukraine demande une claire et ferme condamnation des actions de la Russie », a-t-elle affirmé. Quant à l’ONU, elle ne manque pas d’appeler au calme.

L’OSCE (organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) publie quotidiennement des rapports de mission de surveillance spéciale, qui montrent globalement un regain de violence dans les bastions respectifs des séparatistes et des pro-Kiev. Pourtant, une trêve orale aurait été scellée entre les deux camps, début février, selon le porte-parole de l’armée ukrainienne S. Klimenko. Mais dans les interviews qu’ils ont consacrées à RFI, les habitants d’Avdiivka affirment que les violences n’ont pas cessées. Ils ne paraissent ni apaisés, ni rassurés.