Les réfugiés afghans au Pakistan

Depuis le milieu de l’année 2016, plus de 500 000 exilés afghans ont quitté le Pakistan sous la contrainte ou la menace des autorités. Dans un rapport publié le 13 février, l’organisation non gouvernementale Human Rights Watch a dénoncé le comportement du Pakistan, et la « complicité » de l’ONU. Pépédéa vous éclaire sur cette affaire.

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Photo: AP Photo/Muhammed Muheisen

Le Pakistan est la principale terre d’accueil des Afghans exilés, avec un nombre de réfugiés estimé entre 1,5 et 2,5 millions de personnes. Jusque-là plutôt hospitalier, il a durci les règles depuis plusieurs mois, obligeant des centaines de milliers de réfugiés à quitter le pays. Islamabad et Kaboul qualifient ces retours de « volontaires », mais des exilés témoignent que les autorités pakistanaises forcent les Afghans à retraverser la frontière.

  • Que se passe-t-il ?

Depuis mi-2016 le gouvernement pakistanais fait son possible pour expulser du pays près de 600 000 Afghans, dont la majorité sont enregistrés en tant que réfugiés. Pour cela, les autorités n’hésitent pas à recourir à des méthodes et des pressions abusives. Le rapport de Human Rights Watch relate les témoignages des réfugiés, qui évoquent des menaces de rapatriement pendant l’hiver, des extorsions de la part des policiers, des raids nocturnes, ou encore des détentions arbitraires. Autant de raisons qui poussent les Afghans à se résigner à prendre la fuite.

En juillet, 11 soldats et policiers sont venus chez moi à 3 heures du matin. Ils sont entrés sans demander la permission et ont jeté toutes nos affaires par terre. Ils ont exigé de voir nos cartes de réfugié et nous ont dit qu’elles étaient périmées. Ils ont ensuite volé tout notre argent et nous ont dit de quitter le Pakistan.

Un afghan, forcé de retourner à Kaboul avec sa femme et ses deux enfants (rapport Human Rights Watch)

  • Pourquoi Human Rights accuse l’ONU d’être complice ?

Selon l’ONG, le rôle joué dans cet exode par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés n’est pas neutre. Human Rights reproche à l’ONU d’avoir mis en avant son programme de « rapatriement volontaire », qui permet d’aider les réfugiés à rentrer chez eux. Dans le cadre de ce programme, les Nations Unies ont décidé de doubler, en juin 2016, l’allocation de 200 euros offerte aux rapatriés du Pakistan. Cette aide, maintenant à 400 euros, est citée par les réfugiés Afghans parmi les facteurs ayant le plus d’influence sur leur décision de quitter le Pakistan. Enfin, Human Rights reproche à l’ONU son inaction face à l’attitude du Pakistan, contraire au droit international.

De son côté l’ONU dément et impute l’exode des Afghans à d’autres facteurs qu’une simple allocation. Par exemple, la promesse du gouvernement afghan (dépendant à 70% de l’aide étrangère) d’attribuer un lopin de terre à tous ceux qui rentrent. A leur décharge, les Nations unies ont réclamé une aide internationale de 550 millions de dollars fin janvier 2017 pour aider le population afghane en situation d’urgence et de grande pauvreté.

  • Mais tant mieux si l’ONU aide les Afghans à rentrer chez eux non ?

Non. Les réfugiés Afghan n’ont pas fui leur pays pour le plaisir de visiter Islamabad (capitale du Pakistan). La plupart se sont enfuis de l’autre côté de la frontière pakistanaise pour y trouver refuge. En cause, leur pays est toujours instable et en proie à une insécurité croissante. Si les acteurs internationaux ont retiré la majorité de leurs troupes, les talibans et terroristes tentent toujours de prendre le pouvoir par la force. Pire encore, les attentats sont plus importants que jamais. En 2016, 4.498 civils et 6.785 soldats ont trouvé la mort. Un triste record. Pour comprendre comment on en est arrivé là, Pépédéa vous a concocté une petite timeline en 7 dates :

  • Ah bon. Mais du coup pourquoi le Pakistan les vire ?

Malheureusement, les relations entre Afghanistan et Pakistan sont complexes. L’Afghanistan accuse notamment son voisin de contrôler les talibans, qui sont nombreux à être installés au Pakistan. En effet jusqu’au 11 septembre 2001, Islamabad soutenait matériellement le mouvement terroriste avant de changer de camp. De hauts dignitaires talibans seraient installés dans la ville pakistanaise de Quetta, et l’Afghanistan considère le Pakistan responsable de leur activité dans la mesure où il ne fait pas la promotion de la paix. D’ailleurs, si le Pakistan a participé à la guerre contre les talibans en Afghanistan, il a paradoxalement toujours refusé de s’attaquer aux talibans afghans présents sur son territoire. Le Pakistan redoute pour sa part que l’Afghanistan ne prenne trop de puissance et revendique les territoires pakistanais à majorité « pachtoune » (en référence aux Pachtounes, peuple fondateur de l’Afghanistan mais majoritairement installé au Pakistan) .

BONUS BOX

– Pakistan : expulsions massives de réfugiés afghans – Rapport Human Rights Watch (13/02/17)
– [AUDIO]  Retour massif de réfugiés Afghans – RFI (25/10/16)
– [VIDEO] Pakistan : un billet retour pour l’Afghanistan – Arte (14/01/17)