Etre assistant parlementaire en France

Profession mise en lumière par l’affaire relative à (l’éventuel) emploi fictif de Penelope Fillon, le poste d’assistant parlementaire est aujourd’hui l’objet de tous les fantasmes. Qualifications requises, pistonnage, rémunération… Pépédéa revient en détails sur ce métier autour duquel gravitent parfois quelques affaires louches.

attache parlementaire penelope fillon

  • Concrètement, que fait un attaché parlementaire ?

Il est important de préciser avant tout qu’attaché parlementaire (appelé également assistant parlementaire ou collaborateur) est une « vraie » profession, qui a même sa petite fiche métier. Celui-ci a des rôles très variés selon qu’il soit employé par un député ou un sénateur. Amené à travailler à Paris et/ou dans la circonscription de son patron, l’attaché parlementaire assiste un élu dans son travail quotidien. Prise de notes, rédaction de discours, organisation de l’agenda, conseils politiques… La polyvalence est de mise pour ces hommes et ces femmes « de l’ombre ». On compte aujourd’hui près de 3000 attachés parlementaires en France (2099 à l’Assemblée et 921 au Sénat en 2015) hors Parlement Européen.

Ces derniers sont, au passage, quelques peu blasés de voir l’image de leur profession dégradée par l’affaire Penelope Fillon. Beaucoup témoignent depuis dans les médias que leur travail n’est pas fictif, et qu’ils sont loin d’empocher jusqu’à 7.900 euros bruts par mois, somme maximale mensuelle a priori reçue par Penelope Fillon.

  • Comment est financé ce job ?

Chaque parlementaire dispose d’un portefeuille mensuel (9.561 euros brut pour un député, 7.593,39 euros brut pour un sénateur) qui lui permet de rémunérer jusqu’à 5 collaborateurs. Ce système, financé par l’argent des contribuables, est censé œuvrer au bon fonctionnement de l’appareil législatif de notre pays, en permettant aux 577 députés et aux 348 sénateurs de travailler dans des conditions optimales. Evidemment, cela implique que les attachés parlementaires soient effectivement recrutés pour leurs compétences et que leur travail soit… bien réel (libre à chacun de voir dans cette dernière phrase un quelconque rapport avec l’actualité).

  • Quel salaire est proposé en moyenne ? Peut-on avoir une voiture de fonction ? Des tickets resto ? Une clé USB avec son nom dessus ?

Chaque élu peut rémunérer ses collaborateurs (presque) comme il le souhaite. En 2014, le salaire moyen d’un attaché parlementaire était de 3 358 euros brut, environ 4.000 euros au Sénat. Une jolie somme qu’il convient d’analyser avec un peu de recul. L’absence de convention autour de cette profession en fait un métier « sans statut ». Dans les faits, cela se traduit notamment par le fait que le dépassement des 35h hebdomadaires et le travail dominical n’aient pas de contreparties (oubliez les RTT). Impossible également de voir son salaire augmenter en fonction de son ancienneté, la rémunération étant (officiellement) fixée au moment du contrat. Enfin, quand un parlementaire quitte son fauteuil à l’Assemblée ou au Sénat, le collaborateur est automatiquement licencié. Un attaché parlementaire « vit et meurt » avec son patron, en quelque sorte.

  • Les députés/sénateurs ont-ils le droit de recruter des membres de leur famille, des proches ?

Selon le spécialiste des dépenses de l’Etat, René Dosière (PS), entre 5 et 6% des parlementaires actuels engageraient un de leurs proches. Bien que moralement discutable, cette pratique n’a rien d’illégale bien qu’elle soit soumise à certaines règles spécifiques. Depuis 1996, un député ne peut pas verser plus de la moitié de son enveloppe, soit 4 750 euros par mois à un proche embauché comme collaborateur. Au Sénat, ce plafond s’élève au tiers de la dotation, soit environ 2 500 euros bruts par mois pour les époux et 3 800 euros pour les autres parents. A cela s’ajoute le fait que, depuis 2013 et la loi sur la transparence, l’identité des attachés parlementaires doit impérativement être transmise à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Hasards du calendrier, de nombreux contrats de collaborateurs ont été rompus quelques jours avant l’entrée en vigueur de cette mesure. Quand on vous dit que c’est un métier précaire !

  • Et on me glisse dans l’oreillette que le FN aurait quelques soucis… avec de « faux » attachés parlementaires ?

Un député européen peut aussi s’entourer d’assistants parlementaires, à la différence notable qu’il lui est interdit d’employer un membre de sa famille depuis 2009. Mais le problème du FN est ailleurs. Certains élus frontistes, dont Marine Le Pen, auraient fait salarier leurs collaborateurs par le Parlement alors que leur travail servait le Front National, et non l’Europe. L’Office européen de lutte antifraude (Olaf) est donc parti à la pêche aux fraudeurs et a notamment demandé à la candidate d’extrême droite de rembourser 340 000 euros qu’elle aurait donné à son ex belle-soeur et son garde du corps. Face au refus de la députée, l’institution a décidé de se servir sur les indemnités mensuelles de Marine Le Pen (10 000 euros) par compensation. Voilà qui explique pourquoi l’extrême droite n’a pas ou peu commenté l’affaire Penelope Fillon. Il est en effet toujours judicieux de balayer devant sa porte… (reste à savoir qui rémunère le balayeur, mais c’est une autre histoire).