La crise en RDC #congocrisis

Le 20 décembre dernier, Joseph Kabila aurait dû céder sa place à la tête de la République Démocratique du Congo. Pourtant, le président en fonction affirme que le pays n’a pas les moyens financiers d’organiser des élections et qu’en tant que chef d’Etat, il doit donc, conserver sa place. (Quel sacrifice !) La population ne l’entend pas de cette oreille et a décidé de troquer les fêtes de fin d’année pour un combat pour la démocratie… Pédédéa vous explique pourquoi.

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Joseph Kabila, le 25 septembre 2014, à la 69e assemblée générale de l’Onu – Flickr

  • La République Démocratique du Congo (RDC) serait-elle en train de perdre son D ?

De 2001 à 2006, Joseph Kabila (PPRD), Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie, enchaîne deux mandats à la tête de la République démocratique du Congo. Ce après avoir succédé à son père, Laurent-Désiré Kabila, sans avoir été élu par le peuple dans le cadre d’un gouvernement de transition jusqu’à l’élection, 

 Il est élu une première fois en 2006 puis réélu en 2011. La constitution du pays lui interdit de briguer un troisième mandat ; il était donc tenu d’organiser des élections qui, selon le calendrier électoral du pays, auraient pu avoir lieu en 2015, la date limite étant le 20 décembre 2016. Et pourtant, si en Gambie Yahya Jammeh ne cesse de contester la victoire de son adversaire aux élections ; Joseph Kabila, quant à lui, ne s’en donnera même pas la peine. Il refuse tout simplement d’organiser l’élection présidentielle.

La Cour Constitutionnelle de Kinshasa annonce en fin d’année que si les élections ne sont pas organisées avant le 20 décembre… le président en fonction pourra conserver sa place, jusqu’en Avril 2018 ! Une décision que la population rejette en masse. La RDC assiste au cours des derniers mois à des manifestations aux allures de guerre civile entre les forces de sécurité et la population. La crise atteint des sommets de violence lorsque les élections ne sont toujours pas à l’ordre du jour les 19 et 20 Décembre, au moins 40 personnes sont mortes.

En novembre dernier, Joseph Kabila avait pourtant nommé l’opposant Samy Badibanga premier ministre pour apaiser les tensions autour du retard de l’élection présidentielle mais ce geste n’aura pas suffit à essouffler le mouvement Lucha au slogan explicite « ByeByeKabila » et qui, depuis le 20 décembre, continue, sur Twitter, de compter les jours où Kabila a été au pouvoir illégalement.

  • Les problèmes financiers : réalité ou prétexte pour rester au pouvoir ?

Kabila dit ne pas pouvoir payer pour des élections qui couteraient 1,14 milliards de dollars dans un pays où le budget de l’Etat pour l’année est de 4,5 Milliards.

Le raisonnement semble en fait assez circulaire, quand on y réfléchit. Kabila impute l’impossibilité d’organiser les élections à des problèmes financiers ce qui mène à une crise politique et sociale qui empêche l’économie du pays de tourner. La République Démocratique du Congo est connue pour sa production de cuivre, pourtant, la Fédération des entreprises du Congo affirme que « Le cours du cuivre a atteint sa valeur la plus faible en six ans ». Cela signifie des pertes dans le secteur minier qui représente une grande majorité des emplois en RDC, ce qui ne risque pas d’apaiser la colère de la population…

Bref, la situation paraît bien paralysée jusqu’au 31 décembre. La soirée du réveillon du Nouvel An trace la voie vers la sortie de crise. La Conférence Episcopale du Congo (Cenco) prend alors les choses en main et rentre au petit matin, non pas avec des cotillons et des serpentins plein les cheveux mais avec un accord de transition plus ou moins bien accepté.

  • En quoi consiste cet accord trouvé ?

Joseph Kabila restera au pouvoir jusqu’à fin 2017, non jusqu’en avril 2018 et n’aura ni le droit de modifier la constitution ni d’organiser de référendum sur la question jusqu’à cette date. Le premier ministre sera choisi par le Rassemblement de l’opposition avec qui Joseph Kabila devra travailler jusqu’à l’élection. A la tête du Rassemblement, Etienne Tshisekedi avoue, cependant, qu’il sera quasiment impossible de gouverner aux côtés de Joseph Kabila

Si l’accord a pu apaiser un tant soit peu les tensions, la crise n’est pas terminée. L’accord comporte des zones encore assez floues. Avant tout, on ne sait pas quand le premier ministre sera choisi ni à quelle date se dérouleront les élections présidentielles et provinciales (qui auraient dû avoir lieu cette année également). De plus, l’accord est signé « sous réserves » par la majorité et certains partis d’opposition dont le Mouvement de Libération du Congo le Front pour le Respect de la constitution ne l’ont pas signé. Enfin, la façon dont sera désigné le Conseil National de Suivi de l’Accord et du Processus Electoral qui devra superviser la transition, n’est pas encore très claire…