Comment la capitale économique syrienne s’est transformée en champ de ruines

Alep : ville martyre, ville meurtrie, ville anéantie… Que d’adjectifs qui envahissent nos écrans pour exprimer le choc, l’indignation, la tristesse, la peur. C’est un trop-plein d’horreurs qui nous assaillent chaque jour à travers les vidéos et les témoignages diffusés, de plus en plus nombreux récemment suite à l’intensification des bombardements. Comment Alep, qui était il n’y a encore pas si longtemps la deuxième ville de Syrie parfumée de l’odeur de son savon, s’est retrouvée aux mains du régime syrien après une guerre dévastatrice ? On reprend tout depuis le début.

15713352_10154874485702138_448329753_nA l’heure où Alep rime tristement avec « help », personne pourra dire qu’il ne savait pas / Par Wiglaf

  • Alep c’était comment avant ?

Il s’agissait de la deuxième ville la plus importante de Syrie, principalement connue pour les senteurs exceptionnelles de son savon. Les touristes ont longtemps été attirés par la citadelle qui aura survécu plus de 700 ans, en faisant l’une des villes les plus anciennes du monde. En 2011, à l’époque où le Maghreb vivait le printemps arabe, une partie de la population d’Alep s’est rebellée contre Bachar el-Assad, au pouvoir depuis 2000 et ayant succédé à son père Hafez el-Assad. « Appelons ensemble à une Syrie sans tyrannie, sans loi d’urgence ni tribunaux d’exception, une Syrie sans corruption ni vols ni monopole des richesses. Appelons à une Syrie exempte de pauvres, d’analphabètes et pour un Etat civil« . Voilà ce qu’écrivent les insurgés sur les réseaux sociaux à cette période.

Bien que Bachar el-Assad refuse d’aller dans leur sens, les rebelles réussissent à créer une « municipalité » libérée de l’emprise du régime de Bachar. Une municipalité où les protestations étaient possibles et le fonctionnement politique relativement démocratique.  Pendant plusieurs années loyalistes et rebelles se sont affrontés jusqu’à ce que le conflit prenne une tournure internationale.

  • A quel moment ça a dégénéré ?

A l’international, la situation s’envenime lorsqu’en 2013, le Président syrien est accusé par Ban Ki-moon, secrétaire générale de l’ONU d’avoir utilisé des armes chimiques contre sa population lors de représailles anti-rebelles et parle de « crimes contre l’humanité« . Les choses se compliquent encore lorsqu’en 2015, la Russie s’engage pour maintenir le régime d’Al-Assad, menacé par l’opposition.
Mais cette année-là l’ennemi numéro un n’est plus Bachar Al-Assad, puisqu’il a été tristement détrôné par Daesh après les divers attentats commis en Europe et dans le monde. La France s’allie à cette période aux Etats-Unis déjà impliqués dans la lutte contre Daesh dont l’un des fiefs principaux se trouve en Syrie, à Raqqa. La Russie et le régime gouvernemental syriens se battent également contre l’organisation terroriste. C’est pourquoi une nouvelle question se pose: serait-ce envisageable de s’allier à Bachar Al-Assad et Vladimir Poutine dans le but de vaincre Daesh ?

Pourtant, alors que les rebelles ont chassé la majorité des jihadistes d’Alep en 2014, les forces russes et l’armée syrienne s’attaquent à cette ville. La communauté internationale ne tarde pas à découvrir que les tirs du gouvernement visent en majorité les zones rebelles. Les actes du régime de Bachar allié à la Russie sont largement condamnés, notamment par le chef de l’OTAN Jens Stoltenberg qui voit dans les frappes une « violation flagrante du droit international ». De l’autre côté, les rebelles, et notamment une branche syrienne d’Al-Qaïda, sont accusés de se servir des civils comme boucliers humains lors des attaques.

  • Et la population civile dans tout ça ?

Le 12 septembre une trêve est obtenue ; les bombardements russes et ceux d’Assad s’arrêtent sur Alep… l’espace d’un instant. Dès le 21, douze civils sont tués par les raids aériens. Dès lors, c’est de pire en pire : 275 000 habitants sont assaillis par les bombes du régime. Le 28 septembre, deux hôpitaux d’Alep-Est sont bombardés.
Le 20 octobre, une autre trêve est décrétée. Là encore, c’est un échec, les bombardements reprennent et la population ne parvient pas à s’échapper.

Petit à petit l’étau se ressert sur ceux qui restent. Des civils ont pu fuir Alep Est grâce à l’opération d’évacuation du 13 décembre mais la totalité des habitants n’a pas quitté la ville. Ceux qui n’ont pas eu cette chance survivent presque sans médecin et manquent de nourriture. On a tous en tête le visage de la petite Bana Alabed qui racontait son quotidien sur les réseaux sociaux. Elle est aujourd’hui évacuée et saine et sauve. L’ONU a, en parallèle, recensé 82 exécutions sommaires diligentées par les forces du régime.

  • Y a-t-il des discussions pour arrêter ce massacre ?

L’ONU semble réagir, peu à peu. Le 19 décembre, la décisions est prise : des observateurs internationaux seront envoyés à Alep. L’aide russe a, aujourd’hui, permis à Bachar Al-Assad de récupérer la plupart des territoires qui avaient été conquis par Daesh en Syrie, dont la ville d’Alep. Depuis 2011, plus de 300 000 personnes seraient mortes en Syrie et Alep est devenue le cœur de ce massacre, même si l’ONU reconnait ne pas avoir de chiffres exacts.

C’est la raison pour laquelle, mardi 20 décembre, les représentants iraniens, turcs et russes se sont réunis afin de résoudre ce conflit. La Russie mène la danse à coups de veto, (elle en est à son cinquième) et dit vouloir réussir là où l’occident semble avoir échoué.

La reprise totale de la ville d’Alep par le régime, annoncée le 23 décembre, devrait affaiblir considérablement la rébellion dans le reste du pays.

[BONUS BOX]

+ Et maintenant que le régime a récupéré Alep ? [RFI]
+ 10 photos « avant/après qui montrent les dégâts [Bored Panda]
+ Le 26 décembre, lancement d’une marche civile de Berlin à Alep [RFI]

Vidéo: 3 minutes au coeur du chaos [BarakaCity – ONG Internationale]