Crises et corruption : Le Brésil après Dilma Rousseff

Le mois d’août 2016 a été mouvementé par des Jeux Olympiques controversés, symboles des inégalités de richesse dans le pays. Il a laissé place à une instabilité politique grandissante depuis la destitution de la présidente Dilma Rousseff. Ce climat de crise initié par le scandale Pétrobras est sans précédent pour le pays. Pépéda revient sur une situation qui ne cesse d’empirer.

par Séverine Grandadam

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L’investiture de Dilma Rousseff en 2011 – Source : Wikimédia

  • Après Dilma, la fin du scandale Pétrobras ?

Ah le Scandale Pétrobras… Sombre affaire exposée au grand jour par l’opération judiciaire « lava jato » ou en français « lavage express ». Il s’agit d’un scandale de corruption et plus précisément de détournements de fonds impliquant non seulement les cadres de Pétrobras (entreprise de raffinement et vente de pétrole) mais aussi nombre d’hommes politiques de renom.
Parmi eux Dilma Rousseff, qui dégringole de son piédestal. Après avoir incarné l’image de la femme de pouvoir, première femme à la présidence du Brésil, elle est devenue le visage d’une classe politique corrompue. Suspendue de ses fonctions depuis le 12 mai, elle est officiellement destituée et interdite d’élection pendant 8 ans depuis le 31 Août.

Elle est, entre autres, jugée coupable d’avoir dissimulé le déficit de l’Etat…
Après avoir orchestré sa destitution, c’est son ancien allié, et qui plus est son ancien vice-président, Michel Temer, qui a pris sa suite.

  • Le nouveau président fait-il tout mieux que Dilma ?

Depuis le mois d’Août, la crise politique empire. Michel Temer  avait présenté la destitution de Dilma Rousseff comme une manière de purger le Brésil de la corruption et se pose, depuis, en grand sauveur de la nation. Position qui paraît de plus en plus contestable puisqu’une bonne partie de la population lui reproche de ne pas s’être soumis au vote. Le terme de « coup d’Etat » est même employé, notamment par Dilma Rousseff qui dénonce un coup d’état parlementaire. Et rappelons tout de même que Michel Temer fait également l’objet d’une enquête au sujet du scandale Petrobras, accusé par l’ancien dirigeant de Transpetro, filiale de Pétrobras, d’être impliqué dans le scandale à son tour. Bien entendu, il dément.

Ce n’est pas la seule affaire qui salit la réputation du nouveau président brésilien. L’ancien ministre d’Etat et proche de Michel Temer, Geddel Vieira Lima aurait exercé des pressions sur le ministre de la Culture, Marcelo Calero, afin de faire aboutir un projet immobilier à des fins personnelles. Le litige concerne la construction d’un immeuble dans une zone classée patrimoine historique à Salvador de Bahia. Geddel Vieira Lima possède un des appartements dans l’immeuble en construction, et aurait demandé à Michel Temer de faire pression sur Marcelo Calero pour que l’immeuble soit bien construit. Ce dernier a récemment démissionné, et serait en possession d’un enregistrement dans lequel l’actuel Président de la République fait pression pour qu’aboutisse ce projet. Suite à ce scandale, Geddel Vieira Lima a lui aussi quitté le gouvernement.

Las des scandales à répétition, le 25 novembre, des députés sont allés jusqu’à réclamer la destitution de Temer.

  • Et comment réagissent les Brésiliens ?

Oh oui… Et pas seulement contre Michel Temer. Lors des élections municipales du 5 novembre, plus de 60% des mairies qui étaient détenues par le Parti des Travailleurs, le parti de Lula et Dilma Rousseff, ont été perdues. Seulement 5,9 millions de votes ont été comptabilisés en leur faveur, soit 85% de moins qu’en 2012. 
Depuis Août, les manifestations populaires anti-corruption se multiplient, ainsi que les soupçons d’affaires frauduleuses. Et pour cause, une quantité effrayante de noms circulent. A commencer par le président du Sénat, Renan Calheiros, qui vient d’être suspendu de ses fonction pour détournement de fonds publics. Il aurait présenté des faux contrats de location de voiture pour se les faire rembourser. Eduardo Cunha, désormais ex-président de la chambre des députés qui avait aidé Michel Temer dans l’impeachment de Dilma Rousseff, est à son tour arrêté pour corruption. 

  • Et économiquement ça se passe comment ?

Eh bien de ce point de vue là aussi, rien ne va plus. Le gouvernement Temer s’est targué de pouvoir remettre le pays à flot. Mais à quel prix ? Outre la refonte du code du travail, la privatisation d’autoroute et de gisements de pétrole, le principal sujet de tension reste la loi défendue par Michel Temer visant à éviter toute dépense publique pendant 20 ans.
Cette loi a déjà été approuvée en Octobre, en première lecture, par les députés. Pourtant, ce projet « PEC 41 » surnommé « PEC fin du monde » fait hurler les partisans de la construction d’un État providence. Les contestataires insistent sur les conséquences sociales désastreuses qu’un tel gel des dépenses publiques pourrait avoir sur la santé et l’éducation, entre autres ! D’où Les manifestations anti-austérité devant le parlement à Brasilia, le 30 novembre dernier, qui se sont vite transformées en affrontement entre manifestants et police.  La situation s’enlise, le gouvernement est considéré comme illégitime par une bonne partie de la population… Peut-être serait-il temps pour Michel Temer de passer le relais ?

 

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