L’affaire Adama Traoré

Mardi 19 juillet, Adama Traoré, 24 ans meurt peu après avoir été interpelé par la police entre les communes de Beaumont-sur-Oise et Persan dans le Val d’Oise.

Quatre mois après les faits, la famille réclame toujours « justice pour Adama » suite aux conditions floues de sa mort, les deux frères de la victimes sont en procès pour violences et outrages, et dernièrement la mairie de Beaumont a mis en place un système de médiation tant les tensions deviennent insupportables. Pépédéa revient sur cette affaire marquée par le conflit violent qui s’éternise entre la famille du jeune homme et les autorités.

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Adama Traoré a fait un malaise lors du transport à la gendarmerie, les gendarmes affirment l’avoir mis en PLS (Position Latérale de Sécurité), un pompier présent assure que cela n’a pas été fait.

  • Comment débute l’affaire ?

Retour au jour de l’interpellation. Les gendarmes de Beaumont-sur-Oise recherchaient, au départ, le frère d’Adama, Bagui Traoré. Adama devait, lui,  ne subir qu’un contrôle d’identité, mais n’ayant aucun papier sur lui, le jeune homme décide de s’enfuir. Rattrapé dans un parc, il est alors surveillé par un gendarme mais réussit à s’enfuir une seconde fois. Le jeune homme est retrouvé, et c’est là que tout se complique.

Une source judiciaire indique qu’il a fallu trois gendarmes pour le maîtriser ; trois gendarmes dont il aurait subi tout le poids. Selon les dires d’un gendarme, durant le il fait un malaise durant le trajet. Les gendarmes disent l’avoir mis en Position Latérale de Sécurité directement au sortir de la voiture. Le jeune homme de 24 ans mourra dans la soirée.  A la suite de l’annonce du décès d’Adama, des échauffourées entre habitants et forces de l’ordre éclatent dans la ville, et diverses autres protestations comme une marche blanche, sont organisées en sa mémoire le 22 juillet.

  • Amada ou Adama ?

« Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde » disait Camus. Le prénom du jeune homme est écorché sur les réseaux sociaux et dans certains journaux ce qui ne fait qu’enflammer une situation déjà brûlante. La communication autour de l’affaire devient aussi complexe que l’affaire elle-même. Les différentes annonces du procureur de Pontoise, Yves Jannier, sont imprécises voire contradictoires avec les deux rapports d’autopsie. Lui parle de malaise cardiaque, les rapports parlent d’asphyxie. Il ne mentionne pas non plus le témoignage des gendarmes qui affirment avoir cru qu’Adama Traoré simulait son malaise.

C’est précisément ce qui remettra le feu aux poudres en septembre, deux mois après la mort d’Adama. A cette date, un pompier témoigne et affirme qu’Adama Traoré n’était pas en PLS lorsqu’il est arrivé sur les lieux. Il ajoute que s’il avait en effet été placé dans cette position de sécurité, il aurait basculé puisqu’il est impossible de tenir en PLS les mains menottées dans le dos, ce qui était son cas.

Le méli-mélo autour de l’affaire reste fortement suspect aux yeux de la famille et… du monde. Dans un éditorial, le New York Times  titre même « Black Lives Matter in France, Too » ou en VF : « Les vies noires comptent aussi en France ». Le journal américain lie ainsi le cas d’Adama Traoré aux violences policières faites à la population noire aux Etats-Unis.

  • Et aujourd’hui, où en est on ?

En novembre, nouveaux rebondissements. Assa, la sœur d’Adama Traoré, accuse la maire de Beaumont-sur-Oise, Nathalie Groux, d’avoir choisi le camp des gendarmes. Elle est aussitôt attaquée en diffamation par la municipalité. Les tensions continuent lorsque Nathalie Groux veut faire payer ses frais de justice par la ville de Beaumont-sur-Oise. De nouvelles émeutes donnent lieu à l’arrestation de deux frères d’Adama traoré et à une autre soirée de violence dénoncées par Assa Traoré. 

La famille choisit l’expression « justice et vérité » popularisée par Zola dans sa très fameuse lettre « J’accuse » pour exprimer ses revendications. Elle souhaite que les conditions de la mort d’Adama Traoré soient plus amplement éclaircies. Après un rapport d’autopsie qui indique que la mort n’est pas due à une quelconque forme de violence, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a appelé au calme ce 25 novembre.