Le « Lame duck » sauce Donald

Après le séisme qu’a produit l’élection du milliardaire Donald J. Trump à la présidence des Etats-Unis d’Amérique, le 8 Novembre dernier, le pays est maintenant plongé dans une situation singulière : « the lame duck period » ou en VF, la« période du canard boiteux » (rien à voir avec le prénom du nouveau président, on vous jure). Il s’agit d’une phase de transition à laquelle le président élu, Donald Trump, et le président en fonction, Barack Obama, vont devoir faire face… ensemble.

par Séverine Grandadam

15139387_1534249126601892_979213635_nTrump, qui nous lâche un dab jumpé super stylé pour fêter sa victoire – par Wiglaf

  • Qu’est ce  que ce « Lame duck period » ?

C’est une expression anglo-saxonne utilisée pour désigner la période de fin de mandat d’un élu alors qu’un autre a déjà été élu à sa place. Aux Etats-Unis, ce sont les deux mois et demi, du 8 novembre au 20 janvier. Il s’agit d’une période un peu étrange pour les différents organes du gouvernement. Par exemple, lors de la séance au Congrès, le président en fonction n’a plus vraiment le pouvoir mais le président élu, n’est lui pas officiellement en place… De leur côté, les élus profitent de cette période de transition pour faire passer différentes lois, ainsi, selon une étude du centre de recherche Pew, entre 1974 et 2008, 18% des lois votées l’ont été pendant la période du lame-duck.

Pas facile non plus pour les deux présidents. Barack Obama reste le président officiel jusqu’en janvier mais il sait que Donald Trump et sa vision radicalement différente des Etats-Unis, lui succèderont. En somme, leur rôle actuel est  bien plutôt de faire en sorte que cette transition ne soit pas chaotique.

  • Du coup, il attend quoi Donald ?

Il a remporté l’élection, c’est indéniable. Pourtant, selon la loi états-unienne, le 12 décembre le collège électoral, composé des grands électeurs se réunira pour voter, une nouvelle fois. Car la population n’a pas directement voté pour Donald Trump, mais pour des grands électeurs marqués politiquement pour un candidat. Donald Trump en a obtenu 306, Hillary Clinton 232. Ces grands électeurs vont à leur tour voter pour les candidats et celui qui aura obtenu la majorité sera élu président. Certains pensent qu’Hillary Clinton a encore une chance de gagner grâce à cette élection, en espérant que les grands électeurs conservateurs sensés votés pour Donald donnent leur voix à Hillary, une pétition a même été lancée par des démocrates en ce sens.

Les votes seront comptabilisés début janvier. Melania, la nouvelle First Lady, aura peut-être le temps de préparer un discours de sa propre plume, pour l’occasion !

  • Concrètement qu’est-ce qu’il doit faire jusqu’au 20 Janvier ?

Les vacances aux caraïbes ne sont pas encore de mise. Après le marathon de la primaire, puis la bataille sanglante contre Hillary Clinton, le nouveau job de Donald Trump ne fait que commencer. Si la Constitution ne lui permet pas de régir le pays dès à présent, il peut déjà réfléchir aux priorités de son mandat et faire différentes annonces sur ses promesses de campagne, Donald Trump est par exemple déjà revenu sur certaines d’entre elles. Il doit également s’enquérir du renouvellement de 3000 à 4000 personnes, notamment d’un gouvernement qui devra être opérationnel dès le 20 Janvier, et peut commencer à coopérer avec les chefs d’Etats étrangers. On sait combien la diplomatie n’est pas le fort de Trump, pourtant, ce pan de sa présidence sera crucial.

  • Et pour Donald, ça se passe bien cette période ?

Eh bien non, pas vraiment. Cette période de transition est trop courte et ne permet pas au président élu d’achever ses préparatifs…  Il faut dire que cette élection inattendue, selon les sondages, n’est pas facile à organiser. On se souvient que les dérives langagières du candidat républicain lui ont fait perdre le soutien de beaucoup de ténors du « Great Old Party » dont celui de Paul Ryan, président de la chambre basse du CongrèsIl va lui falloir mettre un grand verre d’eau dans son vin pour que ceux-ci acceptent de travailler avec lui. Le néo-conservateur Eliot Cohen crie par exemple haut et fort qu’il ne veut pas coopérer avec le président Trump. En réalité, les choses sont compliquées même en ce qui concerne ceux que Trump a déjà choisis. Associant le vice-président Mike Pence, peu connu du grand public et les propres membres de sa famille, Trump peine à faire de cette équipe son principal atout.

D. Trump va devoir utiliser cette période de transition afin de rassembler les Américains très divisés à son sujet. Le pays connaît un mouvement de manifestations inédit ayant pour slogan « not my president ». 

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