Il faut sauver le soldat Alstom

On en entend parler presque tous les jours depuis début septembre: le site de Belfort (Bourgogne-Franche-Comté) d’Alstom est au bord de la fermeture. Bien en jambes après avoir « rebouché le trou de la sécu », le gouvernement a décidé de se lancer dans une grande opération de sauvetage qui ressemble plus à du bricolage de dernière minute qu’à une grande opération stratégique pour sauver le site.

par Clément Adeline

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On n’avance à rien dans c’TGV / Wiglaf

  • Pourquoi parle-t-on d’Alstom depuis début septembre ?

Sur le site Alstom de Belfort, on trouve deux activités principales : la maintenance et la production de locomotives TGV. Début septembre, la direction générale d’Alstom avait annoncé sa volonté de transférer la production des locomotives plus au nord, dans son usine de Reichshoffen (Grand Est). Cette volonté de centralisation, due à un carnet de commandes trop léger, menaçait 400 des 480 emplois de l’entreprise de Belfort.

  •  Alstom décroche pas mal de contrats à l’étranger, alors pourquoi n’y a-t-il plus de budget pour Belfort ?

Oui, mais il y a un mais. Que ce soit pour la construction de 28 TGV pour les Etats-Unis, de 800 locomotives pour l’Inde ou 580 trains pour l’Afrique du Sud, l’entreprises a dû dépêcher des équipes sur place. La bonne marche de ses chantiers à l’étranger n’a donc pas grand impact sur l’usine de Belfort, pas de bol. Le dernier grand appel d’offre remporté par Alstom concerne le métro de Dubaï pour 2,6 milliards d’euros, alors qu’à Belfort, on ne produira qu’une vingtaine de locomotives et motrices de TGV cette année.

  •  Qu’a concrètement fait le gouvernement ?

Pour sauver les 400 emplois du site de Belfort, l’Etat a mis en place un plan simple : remplir le carnet de commande du site. Pour ça, le gouvernement a décidé d’acheter 15 TGV pour les lignes intercités Bordeaux-Marseille et Montpellier-Perpignan. On se souvient des TER trop larges pour entrer en gare en mai 2014, place du coup aux TGV qui vont rouler sur des lignes à basses vitesses. C’est un peu tiré par les cheveux, car les TGV ne sont pas faits pour rouler sur ce type de ligne (ils ne sont pas prévus pour effectuer des arrêts fréquents ou pour rouler sur des lignes avec des virages serrés). Des frais de maintenance sont donc à prévoir. L’Etat a également fait le forcing auprès de la SNCF pour qu’elle commande 6 autres TGV pour la ligne Paris-Turin-Milan ainsi que 20 locomotives dépanneuses. Le total de la commande s’élève à 700 millions d’euros.

  •  Le site de Belfort est donc sauvé ?

Pour 4 ans, oui. Pour la suite ? Personne n’en sait rien. Ce plan de sauvetage n’est qu’un plan pour sauver à court terme l’activité du site. Un moyen pour le gouvernement socialiste d’éviter une crise avant l’élection présidentielle. Mais qu’en sera-t-il quand les commandes auront été honorées ? Les axes de réflexions pour rendre l’activité du site pérenne se trouvent très probablement plus de ce côté-ci, mais au moins, cette commande pourra permettre de souffler un peu et d’y réfléchir. Mais il va falloir faire vite, très vite, avant que le boomerang Alstom ne revienne, certainement durant le prochain quinquennat.


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