Avant le nouvel album de Kid Cudi…

Tantôt l’un des  artistes les plus talentueux de sa génération, tantôt mauvais élève isolé, Kid Cudi a tout essayé. Son nouvel album, Passion, Pain & Demon Slayin sortira très prochainement. C’est l’une dernière occasion pour Scott Mescudi (de son vrai nom) de se retrouver du bon côté de l’histoire…

par Pierre Cloix

Le 21 février 2008, en levant la tête vers le ciel on pouvait observer une éclipse lunaire totale. 15 jours auparavant, un public d’initiés découvrait un jeune afro-mexico-américain que tout le monde identifierait plus tard au Man On The Moon, l’Homme dans la lune, et son titre Day ‘n’ Nite. Une remix par The Crookers, une signature chez le G.O.O.D Music de Kanye West, des épisodes dépressifs, un naufrage dans les opiacés et les antidépresseurs, des projets rocks alternatifs plus ou moins audibles… Kid Cudi a tout fait, tout essayé, tout raté et tout réussi. Quelque part entre Kurt Cobain et Kanye West, le gamin né dans l’Ohio n’est pas loin de tirer l’une de ses dernières cartes avec Passion, Pain & Demon Slayin. Les ventes de ses derniers albums se sont avérées, au mieux, décevantes : alors que des rappeurs de sa génération s’imposent comme des leaders incontestés, Kid Cudi reste mal-aimé. Tout avait pourtant si bien commencé…

  • Pionnier d’une nouvelle vague

Pris sous l’aile de Kanye West en 2008. Kid Cudi est responsable de beaucoup des sonorités que l’on peut retrouver sur l’album 808’s & Heartbreaks. Enfermé en studio à Hawaï avec Mr. West pour l’occasion, c’est le choc : dans une ère où le Gangsta Rap de 50 Cent et consorts restait la référence (bien qu’un peu essoufflé), Kid Cudi et Kanye West changeront à jamais la face du rap. A grands coups de mélodies, d’Autotune et de sentiments assumés,  les deux rappeurs rendront obsolètes les gros muscles et les flingues, pendant un temps. Les pantalons se resserrent, et les esprits s’élargissent.

Dans cette mouvance, Kid Cudi sortira son premier album en 2009. Intitulé Man on the Moon: The End of Day, c’est un carton plein. Acclamé par la critique et avec un succès commercial plutôt correct, Cudi navigue entre mélodies bien choisies, éclectisme revendiqué, et vocalises douces sur leur lit de productions atmosphériques. Un début de carrière qui en ferait pâlir plus d’un. A une époque où l’internet et le monde de la musique se regardaient avec méfiance. Kid Cudi avait crée une nouvelle vague: de quoi justifier son buzz. C’est après que ça c’est corsé…

  • Un lent naufrage 

Le second opus de Kid Cudi,  Man on the Moon II: The Legend of Mr. Rager, s’inscrivait encore dans cette mouvance, mais plus Scott Mescudi continuait dans l’exploration et dans son « voyage lunaire », plus des démons se joignaient à son expédition. Tout au long de cet album, Kid Cudi développe ses problèmes avec la drogue, de la marijuana à la cocaïne. Dans une interview accordée au magazine Complex en septembre 2010, il déclare ainsi : « I started doing cocaine to get through interviews, ’cause people wanted to know a lot about my personal life and I wasn’t prepared for a 60 Minutes interview every time. » Comprenez : le bonhomme, introverti, avait du mal à s’exprimer sur sa vie personnelle et s’est peu à peu réfugié dans les psychotropes pour échapper à une starification qui ne lui conviendra finalement jamais.

La pop culture aime bien ses héros tourmentés, certes, sauf que musicalement Kid Cudi s’est un peu perdu en chemin.  Un virage à 180 degrés avec le projet WZRD, une sorte d’album pseudo-rock expérimental et puis, c’est le début d’un méli-mélo musical extrêmement complexe. Kid Cudi a sorti par la suite Indicud, Satellite Flight: The Journey to Mother Moon et Speedin’ Bullet 2 Heaven. Emmenant son public, de moins en moins nombreux, dans le tourbillons de ses doutes, de ses pensées sombres, de ses addictions et de ses tentatives sevrage. De quoi perdre de sa popularité : Cudi c’est l’expression même de la frustration. A chacun de ses projets, un ou deux morceaux sortent du lot, le reste est brouillon, au mieux, ou  inaudible, au pire. En conséquence, les ventes du rappeur de Cleveland n’ont cessées de descendre : son dernier album ne s’est vendu qu’à 14 000 copies en première semaine…

  • Un projet crucial

Finalement, Kid Cudi est, à notre époque, ce qui se rapproche le plus d’une rock star. Mais à 32 ans, c’est bien trop tard pour faire partie du club des 27 et flinguer une carrière. C’est l’heure du retour en grâce, de la revanche. L’heure de montrer que, comme son mentor/devenu ennemi/puis ami a nouveau/ Kanye West a pu le dire, il est bien l’un des artistes les plus influents de ces dix dernières années. Quelques extraits de son nouvel album ont pu se faire entendre. Frequency, All In, ou Surfin’ rappellent tous les sonorités qui nous ont fait aimer Kid Cudi à l’origine. Passion, Pain & Demon Slayin sort très bientôt (retardé de sa date du 30 septembre pour des problèmes de samples) et, dans un sens, c’est la dernière chance pour l’artiste de l’Ohio de coller ses mélodies dans l’inconscient collectif, Day ‘n’ Nite.