Le trou de la Sécu, c’est fini ! (Ou pas ?)

Y’a des jours comme ça où tout va pour le mieux.  Comme ce vendredi 23 septembre par exemple, lorsque la ministre de la santé Marisol Touraine a annoncé la fin du Trou de la Sécu pour 2017. Cette dette sociale, qui s’accumule depuis des décennies (à chaque fois « à cause du gouvernement précédent »), aurait fait une cure de jouvence salvatrice durant le quinquennat de François Hollande. A moins que cette annonce n’ait un rapport quelconque avec l’arrivée de l’élection présidentielle. Alors « la fin du trou de la sécu » artifice ou réalité ?

par Clément Adeline

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  • Le trou de la sécu, qu’est-ce que c’est ?

Comme vous le savez sûrement on nous envie beaucoup pour notre système social, et avouons-le, ce n’est pas sans raison. Il nous permet entre autres d’être remboursés d’une partie de nos médicaments, d’avoir une retraite, des allocations familles, etc. Mais un tel système coûte cher; aussi est-il financé par un grand nombre de sources différentes: cotisations sociales (à 58%), CSG (à 20%) et autres impôts ou taxes. Seulement, les recettes de la Sécurité sociale ne suffisent pas à couvrir toutes ses dépenses. Tous les ans, le système présente un déficit d’une dizaine de milliards d’euros qui vient creuser la dette sociale, profonde de 162 milliards d’euros.

  • Ok alors c’est un trou sans fond ?

Petit tableau rapide : le trou de la sécu c’est 4 branches différentes (famille, vieillesse, maladie, accidents du travail), 162 milliards d’euros de dettes accumulées, seulement 3 années à équilibre positif sur les 25 dernières. Point positif: le déficit se réduit tous les ans depuis 2010. Le trou continue d’être creusé, mais un peu moins chaque année. En 2011, le déficit annuel était de 17,4 milliards d’euros. Objectif du gouvernement: le baisser à 400 millions d’euros pour l’année 2017 (sous plusieurs conditions, dont une croissance à 1,5%).

  • Donc c’est cool alors ?

C’est ici que ça devient intéressant. Premièrement, parce que les chiffres officiels de 2017 n’arriveront qu’après l’échéance présidentielle concernant l’objectif annoncé. Deuxièmement, parce que rien n’est joué pour la croissance à 1,5%. L’INSEE annonce d’ailleurs une croissance de 1,3% cette année, ce qui serait donc en dessous du taux nécessaire.

Mais pour comprendre cette histoire de réduction du trou de la Sécu, il faut faire attention à ne pas confondre comblement du trou de la Sécu, et équilibre financier annuel. En gros ce qu’on nous annonce comme étant la fin du trou de la sécu, c’est juste (mais c’est déjà bien, hein, on va pas chipoter) un déficit annuel très faible. En d’autres termes, les dépenses vont juste être égales aux recettes sur 12 mois. Pour que le trou de la Sécu soit bouché, il faudrait faire en sorte que les dépenses soient inférieures aux recettes jusqu’au remboursement des 162 milliards d’euros de dettes. Là, on pourra dire : le trou de la sécu, c’est fini.

  • Du coup c’est de la com’ pour les présidentielles ?

On va dire en partie. Clairement, il y a eu du beau boulot de la part du gouvernement, parce qu’arriver à l’équilibre annuel c’était pas joué d’avance. Mais de là à dire de manière péremptoire que « le trou de la sécu c’est fini » c’est jouer sur les mots pour faire croire quelque chose de faux.