Comprendre – Le démantèlement de Calais

Aaaah Calais. Jolie cité où résonnaient à l’unisson les mélodies enchanteresses de Pierre Bachelet et le cliquetis des vagues sur la jetée. Mais derrière ce décor prisé des impressionnistes se cache aujourd’hui une réalité qui fait froid dans le dos. Animés par l’espoir de rejoindre un jour l’Angleterre, des milliers de migrants ont installé depuis le début des années 2000 des campements de fortune aux alentours de la ville. Le gouvernement s’est engagé début septembre à démanteler définitivement cette « jungle », au sein de laquelle les réfugiés sont de plus en plus nombreux.

par Adrien Monnanni

wiglaf-calaisDessin de Wiglaf

Après avoir fui un pays généralement en guerre et les différentes exactions qui y sont menées, les réfugiés ont ensuite dû traverser la mer à 150 sur une barque de pêche, le tout pour une somme exorbitante donnée à des passeurs aussi honnêtes que pointilleux sur les conditions de transport. Comme si le périple n’avait pas déjà été assez difficile, les voilà arrivés dans… le Nord-Pas-de-Calais, où après avoir manqué de se faire écraser par une voiture, un train ou un camion de CRS à la frontière britannique, ils font l’objet d’une PUTAIN DE PÉTITION DE LAURENT WAUQUIEZ. Explications.

  • On comprend la misère mais tout de même… s’installer dans le PAS-DE-CALAIS ?

Oh ça vaaaa on plaisante. Zone tampon entre l’Angleterre et la France, le Pas-de-Calais abrite depuis les années 90 de nombreux camps de migrants. Désireux de traverser la Manche pour trouver du travail et rejoindre parfois de la famille, des immigrés clandestins transitent par ce département avant d’atteindre (ou du moins essayer) le pays de sa Majesté. En 1999, le camp de Sangatte est mis en place pour accueillir une première vague de réfugiés. Initialement conçu pour accueillir 800 personnes, le site est vite surpeuplé et ce sont rapidement plus de 1600 clandestins qui vivent sur place dans des conditions désastreuses. Après le démantèlement du camp en 2002, les migrants se déplacent et installent des abris de fortune aux alentours du Tunnel sous la Manche et de la zone portuaire. Et ainsi naquit la fameuse « jungle » de Calais.

  • Quelle est la situation sur place ?

On a connu mieux. La population du « plus grand bidonville de France » a littéralement explosé suite aux vagues migratoires de 2010. Troubles en Libye, émergence des groupes islamistes au Moyen-Orient et en Afrique, guerre civile en Syrie… nombreux sont ceux qui ont tout quitté pour échapper à l’horreur. D’après un décompte de l’Auberge des migrants, près de 10 000 personnes, dont un nombre conséquent de mineurs isolés, vivent actuellement dans cette zone. Diverses enquêtes et témoignages recueillis notamment par Médecins du Monde ont révélé que la situation sanitaire sur place était déplorable. Néanmoins, les résidents tentent d’organiser au mieux la vie quotidienne pour s’offrir un semblant de confort et d’humanité dans ce lieu qui en manque tant.

  • Mais pourquoi vouloir fermer le camp?

Sortir ces gens d’une telle insalubrité relève d’une responsabilité politique et morale. Mais l’humanisme n’est pas la motivation principale de cette décision. La situation de ces milliers de personnes est un sujet très sensible avec nos voisins britanniques, pas très enclins à accueillir tout ce petit monde. Et pour être sûrs d’avoir été compris, les anglais vont financer la construction d’un superbe mur anti-migrants à Calais (qui devrait faire une entrée fracassante dans le TOP 5 des murs les plus famous, entre la muraille de Chine, le mur de Berlin, le mur anti-migrants hongrois et « The Wall », l’album des Pink Floyd). Au-delà de l’aspect géopolitique s’ajoute également le désarroi des riverains, qui, désemparés par la situation, réclament la fermeture de la « jungle ».

  • Et où vont-ils aller ?

En déplacement dans la jungle lundi 25 septembre, François Hollande a affirmé qu’il irait jusqu’au bout tout en précisant l’action du gouvernement. Pour reloger décemment ces milliers de migrants, la capacité des centres d’accueil d’orientation (CAO) devrait être accrue de 9 000 places, réparties sur l’ensemble du territoire. On pourrait penser que l’ouverture de 9 000 lits dans un pays de 67 millions d’habitants ne devrait pas poser de problèmes. Pourtant, la décision divise, notamment à droite, où Laurent Wauquiez a lancé une pétition pour s’opposer à « la création « jungles » sur l’ensemble du territoire national », rien que ça. Cette prise de position n’a pas tellement plu à Xavier Bertrand, ni à Jacques Livchine, metteur en scène, qui a exprimé tout son dégoût au président du parti Les Républicains à travers une lettre… corsée.

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  • Mais… dites-moi… où est le respect ?

La dernière fois qu’il a été aperçu, il était aux côtés de la décence de Laurent Wauquiez. Depuis, plus aucune nouvelle de ces deux-là. Toujours est-il que le camp devrait être fermé et détruit avant l’hiver, selon les dires du ministre de l’Intérieur. Bernard Cazeneuve. Wait and see.

[BONUS BOX]

Le camp de réfugiés de Calais en 15 photos – Francetvinfo.fr

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