L’affaire Cahuzac

« Je n’ai pas, monsieur le député, et n’ai jamais eu, de compte à l’étranger, ni maintenant, ni -avant ». C’est avec ces mots que Jérôme Cahuzac, alors ministre délégué chargé du Budget, s’était défendu le 6 décembre 2012 devant les députés de l’Assemblée Nationale, en réponse aux accusations qui lui étaient faites de détenir un/des comptes bancaires à l’étranger. Il mentait.

par Adrien Monnanni

wiglaf-cahuzacLe procès Cahuzac illustré par notre Wiglaf sûr

Dans le plus grand des calmes, l’ancien ministre avait réaffirmé devant Jean-Jacques Bourdin sur BFM – dans une séquence devenue culte – que non, non et re-non, tout cela n’était que foutaises et saletés. Seulement, face aux preuves accablantes dévoilées par Médiapart, Jérôme Cahuzac a démissionné de son poste en mars 2013, avant de reconnaitre publiquement qu’il avait bien détenu un compte à l’étranger. Dur. Son procès pour fraude fiscale et blanchiment s’étant conclu mercredi 14 septembre, on vous propose de revenir sur une affaire qui n’a pas tellement réconcilié les français avec leurs élus.

  • Les « yeux dans les yeux » monsieur Cahuzac… qu’avez-vous fait ?

Le 4 décembre 2012, Fabrice Arfi, journaliste à Médiapart, allume ce qui restera comme l’un des plus gros incendies du quinquennat de François Hollande. Dans son article « le compte suisse du ministre du budget », il affirme que Jérome Cahuzac a détenu pendant plusieurs années un compte en Suisse, avant celui-ci ne soit fermé et les fonds déplacés dans une banque à Singapour. Le ministre du Budget et des Finances qui cache un compte au fisc avant de le transférer vers un paradis fiscal… vous sentez le malaise ?

  • Mais pourquoi continuer à mentir quand on s’est fait griller ?

Le mensonge est un cercle vicieux. Après avoir tout d’abord démenti les informations de Médiapart, le ministre promet même de porter plainte. En parallèle, le site d’informations publie des preuves – notamment des enregistrements audio – qui viennent étayer ces accusations. Malgré tout ça, l’Elysée – à qui Jérome Cahuzac a assuré son innocence – et le gouvernement font bloc autour de leur ministre, alors visé par une enquête pour blanchiment de fraude fiscale. Mais au fil des mois, les preuves s’accumulent et l’authenticité des éléments présentés par l’enquête de Médiapart est vérifiée. Le 19 mars 2013, Jérome Cahuzac démissionne de son ministère tout en affirmant que cette décision ne traduit en rien sa culpabilité. Quelques jours plus tard, fin du game. L’ancien ministre avoue aux juges d’instruction avoir détenu un compte en Suisse puis avoir transféré les 600 000 euros qui s’y trouvaient à Singapour. Dans un communiqué publié sur son blog, Jérôme Cahuzac présente ses excuses à tout le monde, de sa famille au Président de la République en passant par ses électeurs et confie avoir « été pris dans une spirale de mensonge ». SHAME JEROME, SHAME !


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  • Des élus malhonnêtes, qui l’eut cru. L’Elysée était-il au courant ?

A la suite de la mise en examen de Jérôme Cahuzac, une commission d’enquête (kézako ?) a été mise en place pour déterminer si le gouvernement était au courant des agissements du ministre fautif, et s’il avait « couvert » ou passé sous silence toute cette affaire. Selon cette commission, composée de parlementaires, aucun « dysfonctionnement de l’Etat » n’est à signaler. Une conclusion qui n’a pas tellement convaincu l’opposition

  • Et son procès dans tout ça ?

Après avoir été suspendu quelques mois pour une question de procédure, le procès de Jérome Cahuzac (et de son ex-épouse) a repris le 5 septembre. Celui qui était présenté un temps comme une des étoiles montantes du PS a vu l’ensemble de ses montages financiers dévoilés durant une audience marquée notamment par une référence à Michel Rocard (qui n’a pas pu réagir pour cause de… décès) et les larmes de l’ancien ministre. 3 ans de prison ferme et 5 ans d’inéligibilité ont été requis contre Jérome Cahuzac, qui a également accepté avec son ex-épouse un redressement fiscal majoré à 2,3 millions d’euros. Rendez-vous le 8 décembre pour la conclusion de cette affaire qui aura au moins permis aux français d’obtenir quelques lois visant à améliorer la transparence de la vie publique. Victoireeeeuh pour le peuuuuple.

[Bonus box]
  • Pour exprimer votre haine en chanson, laissez-vous entrainer par ce rap made in Front de Gauche. Jean-Luc on the Beat, yo.
  • Jérôme Cahuzac, l’homme qui ne savait pas mentir :