La saga Conjuring, partie 1 : James Wan et les dossiers de Warren

Vous le savez sûrement si vous avez déjà lu un de mes articles, j’ai une ceinture noire en films d’horreur. C’est ma came. Mon fils. Ma bataille. Allez savoir. J’aime flipper. J’aime cette sensation de trouille. Ce que je préfère, c’est les films d’angoisse, de maisons hantées. Rien à battre du torture porn et des baquets de sang, j’aime les fantômes, les esprits et les trucs flippants qui surprennent dans le noir. Ca explique mon engouement pour la saga Conjuring et les films de James Wan en général. J’avais envie de vous parler de tout ça. Attention les gars, c’est moi qui régale, et je vous prends pas pour des jambons. Je vous dresse un portrait complet de la saga, de ses origines jusqu’à une petite analyse sur les procédés de Wan pour foutre les boules. La critique de Conjuring 2 est à lire ici.

par Victor Sanchez

2013, année pas érotique du tout. Les spectateurs se font foudroyer par un éclair implacable : The Conjuring. Pétage de câble au box-office, critiques dithyrambiques, le film de James Wan devient une référence pour les moins de 25 ans. Bam. Les bases sont posées. Enfin, pas tout à fait,  vous savez bien que j’aime aller plus loin que ça. D’autant qu’on peut dire que Wan s’est exposé au grand jour avec ce film: on lui a même filé un Fast&Furious à réaliser.

JAMESWANPhoto: James Wan / Crédits: sessaodomedo.blogspot.com

Débuts foireux

James Wan est un petit réal australien débrouillard qui atterri dans la marmite hollywoodienne dès son premier film en 2007, une péloche tournée pour pas un rond qui va sans doute être une des sagas les rentables pour Hollywood. Deux mecs dans une salle de bain, un tueur qui veut jouer à un jeu. Et ouais les gars, James Wan est à l’origine de Saw, premier du nom. A des années lumières de ce qu’il fait aujourd’hui, le film le met dans les petits papiers des pontes du buisness.

Seulement voilà, James Wan, c’est pas un idiot. Lui ce qu’il veut faire, c’est son cinéma à lui, quitte à ne pas céder aux sirènes du showbiz. Donc Hollywood, tu vas attendre, le père Wan a d’autres histoires à raconter. Dans mes souvenirs, il tourne un vigilante avec Kevin Bacon (Death Sentence), grosse fulgurance complètement en décalage avec ce qui se faisait à l’époque, et un film de marionnette hantée à tendance gothique (Dead Silence). Deux bides. Si la critique sent bien que le mec en a sous le pied, le public lui s’en bat totalement. A ce moment-là, ce qui l’intéresse, c’est les films de torture. Oui, il est juste de dire qu’involontairement, James Wan s’est tiré une balle dans le pied en lançant une mode qui va venir saboter ses efforts par la suite.

Deux gros succès coup sur coup

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Car chaque mode a une fin, et quand les gens en ont eu marre de voir des litres et des litres de sang et des films de merde, un animal sauvage avide d’argent et de concepts se tenait prêt à passer à l’action. Son nom? Jason Blum. Si vous lisez régulièrement mes critiques, il ne doit pas vous être inconnu, et pour cause: les ¾ des sorties horrifiques sur grand écran depuis 3 ans, c’est lui qui les produit.

Jason Blum remet au gout du jour le film de fantôme et lance accessoirement une mode (le found footage) en produisant un film pour à peu près rien du tout mais qui va devenir encore une putain de franchise : Paranormal Activity. Le public ayant pris goût aux histoires de fantômes, Blum décide de confier un projet à James Wan et son pote scénariste Leigh Whannell : Insidious. Bingo. Le film est un succès commercial et critique, et on commence à deviner un certain style chez Wan. Toutefois, le public n’est pas encore de masse, on reste dans une certaine niche.

Quelques années plus tard sort la suite, toujours de Wan, toujours un succès commercial, mais nettement moins bien. Soûlé encore une fois d’un produit qu’il a créé, et refusant de s’enfermer dans une franchise à long terme, Wan part chez Warner Bros pour réaliser The Conjuring, une adaptation d’un dossier des époux Warren, célèbres chercheurs en paranormal. Et re-bingo mais cette fois-ci, c’est bien des masses qui se bougent le cul en salles pour aller flipper. Des profits gigantesques qui mettront Wan sur le trône du film de maison hantée post 2010.

Un sacré historique n’est-il pas ? Cependant, ça ne nous dit pas POURQUOI les gens ont accroché à ce point. Déjà, je vais faire un bref retour sur The Conjuring premier du nom histoire d’au moins vous donner mon avis et enchaîner avec l’analyse.

Conjuring 1 – Sous le charme dès la première scène

The Conjuring : les Dossiers Warren est un film d’horreur basé sur l’histoire vraie d’une famille du Rhode Island qui va vivre un enfer dans les années 70 après avoir acheté une maison hantée. Ils font appel à Ed et Lorraine Warren, deux chercheurs en paranormal, qui eux aussi ont réellement existé, pour les aider dans leur malheur. Bon, de là à dire que ce que vous voyez à l’écran est la véritable histoire, il y a une limite qu’on ne va pas franchir. Cependant, le fait que l’histoire ait une part de réalité historique rend la chose beaucoup plus immersive pour le spectateur.

C’est simple, je suis tombé sous le charme dès la première scène, et même dès l’apparition du titre. En 5 minutes, James Wan a réussi à me foutre la trouille et à me mettre mal à l’aise, ce que personne n’a réussi à faire depuis REC. En 5 minutes. Car c’est bien là que mon amour pour James Wan se base, c’est sa manière de faire peur.

Il faut prendre en compte que, s’il n’est pas non plus un grand esthète, il soigne suffisamment le look de ses films pour que chacun dispose d’une gueule différente et ma foi pas dégueulasse. Wan s’applique sur ses plans et c’est sans doute comme ça qu’il a rallié à sa cause un pan du public qui est un peu plus regardant. Je prends pour exemple le plan séquence en début de film qui expose les lieux et les personnages. Et ça, vous ne vous rendez pas compteCONJURING 1 à quel point c’est malin. Le principe d’un film de maison hantée, c’est d’arriver à créer une atmosphère angoissante avec une menace qui plane dans ladite maison, et de créer de l’empathie pour ses personnages. Vous en auriez quelque chose à foutre vous de voir pendant 1h30 des persos qui sortent de nulle part et se font buter dans un Auchan ? Nein nein nein. Wan fait ça depuis Insidious et c’est surement ce qui contribue à rendre ses films plus flippants que la normale : il prend son temps pour l’exposition. Le public cartographie le décor, repère déjà inconsciemment des spots à hauts risques et crée une map mentale. Et s’attache aux personnages.

Ensuite, Wan a un sens du cadre qui fait mouche à chaque fois, avec cette faculté à créer de la tension de manière assez phénoménale. Ses compositions de plans sont pourtant simples, mais il arrive à faire naître un malaise avec une porte entrouverte. Exemple : cette scène complètement ouf dans The Conjuring 1 où la gamine pointe du doigt la porte et se met à chialer en disant qu’elle voit quelqu’un. Je vous spoile pas la fin de la scène parce que c’est surement l’une des meilleures du film, mais la manière dont il shoote ça, ajoutée au fait qu’il arrive à rendre une zone d’ombre avec rien dedans (on voit rien, littéralement), c’est quand même putain d’extraordinaire.

Toujours à la recherche du coin du plan où faire surgir la menace, il aime également amorcer des situations où le jump scare parait évident, pour ensuite mieux surprendre. Si ses effets de manchette sont parfois simplistes, on sent qu’il travaille d’arrache-pied pour mettre en scène des situations inédites. Wan a très bien saisi le fait que la peur au cinéma est un facteur méga subjectif. Ça donne peut être l’impression qu’il bouffe à tous les râteliers mais dans l’idée, c’est purement cohérent et encore une fois pas con du tout. S’il a bien une qualité, c’est d’être malin et d’avoir totalement cerné les mécanismes de la peur à l’écran comme personne ne sait faire aujourd’hui (je ne parle pas du passé, calmez-vous les fanboys)

Un côté « passe-moi le sel »

Le seul reproche que je pourrais lui faire est de foirer quasiment systématiquement son climax (vous savez, ce moment crucial où tout se joue). Pas qu’ils soient mauvais en général, c’est juste qu’ils ont souvent une gueule différente du reste du film. Alors je veux bien que ce soit un climax, mais bon, après 1h30 de montée angoissante, nous foutre une simili scène d’action, c’est quand même pas top.

Autre problème : Les Warren. C’est con parce qu’ils sont quand même dans le titre du film, et sont censés être les personnages principaux. Jusqu’à leur arrivée dans la famille, le film est angoissant à mort, le désespoir et l’impossibilité d’agir de la famille rendant le tout encore plus terrifiant. Mais à partir du moment où ils se pointent, bah ça perd un peu en flippe. Et leur côté gnan gnan (« moi je t’aime » « oh moi aussi » « je ne veux pas te perdre, j’ai peur » « oh moi non plus » « oh passe-moi le sel » « oh oui ») me fait un peu chier quand même.

Bon, et là, c’est le moment de ma chronique où j’attaque enfin les choses sérieuses et que je commence à vous parler de Conjuring 2. Mais pour vous éviter l’indigestion, ça sera pour la semaine pro’. Bisous.

Victor Sanchez

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