It Follows : Horreur artsy postmoderne flippante hipster

La Note : 6,5/10

Salut, c’est Olivier de Carglass,
(Profitez-en, je pense qu’un jour, j’arriverai à court de formulation comme celle-ci et que je devrai me contenter de simplement dire bonjour). J’ai du mal avec les phénomènes de mode au cinéma. Dès qu’un film est dit hype, je l’évite comme la peste, sauf si le projet m’excite vraiment. J’entends parler d’It Follows depuis l’année dernière, que ce soit dans la presse spécialisée ou dans les conversations. C’est tout bonnement LE film d’horreur so 2014. J’étais donc un peu obligé de franchir le cap.

par Victor Sanchez

  • On parle de quoi ?

It Follows est un film de David Robert Mitchell, sorti en 2014. Nanti d’un casting sans réelles têtes d’affiches, le film se pose dans le genre horrifique à tendance ambient. Bon, et on ne va pas s’attarder plus longtemps sur la fiche technique qui présente peu d’intérêt, sinon peut-être Rich Vreeeland à la compo de la musique.

L’histoire en quelques mots : A la suite d’un rapport sexuel banal, Jay, l’héroïne, se retrouve avec une étrange « malédiction », comme si quelqu’un la suivait. Commence une chasse angoissante et dont la fin est incertaine, posant un dilemme moral ou une mort atroce. Ceci étant posé, je ne m’avancerai pas trop à vous révéler l’intrigue pour que la surprise et les rebondissements soient intacts.

  • Ça mérite toute cette hype ?

Oui et non. Je diviserai donc ma critique en deux parties (pratique).

Oui

Un bon point déjà pour son scénario, ou disons son concept. Si l’idée d’avoir un horla collé au cul est dans les bacs depuis Maupassant et bien avant, personne ne l’avait encore exploitée de manière aussi poussée sur écran. Il n’y a pas d’entourloupe, la menace est clairement identifiée : une force suit l’héroïne et ne la lâche pas. Et c’est vraiment flippant. Ce qui m’a le plus étonné est d’avoir ressenti une angoisse réelle en matant le film. Et ce qui m’a impressionné le plus, c’est la force avec laquelle cette peur transperce l’écran, alors qu’elle y est montrée avec une certaine retenue. Je ne pensais pas que de voir quelqu’un marcher dans l’arrière-plan pouvait me faire flipper à ce point. C’est très très vicieux comme procédé, et force est de constater que ça marche du tonnerre. Si on compte quelques jump scares inutiles selon moi, la force du film réside surtout dans sa manière de faire peur. La menace est là, et putain, elle s’accroche. A aucun moment on se sent en sécurité. Même dans les temps morts, ce… truc peut surgir à n’importe quel moment, et le simple fait de voir quelqu’un marcher devient flippant. C’est inédit pour moi, comme ça a surement dû l’être pour pas mal de spectateurs.

Donc It Follows est un bon film de flippe dans le sens ou les artifices qu’il utilise fonctionnent. Et si on devine assez grossièrement quelques rebondissements, le déroulement de l’intrigue fait en sorte qu’on ne puisse pas deviner la fin. Et puis la plastique… It Follows est très beau. Rien à redire sur l’image, c’est très léché. Mais bon, comme je vous le disais, tout n’est pas rose fushia.

Non

IT FOLLOWSPremier point noir pour moi, la plastique, l’aspect graphique du film. Oui, je sais, je viens de dire que c’était une force. Mais… mais merde, c’est trop. J’veux dire, le fait qu’un réalisateur accorde de l’importance à l’aspect graphique de son film, c’est bien, c’est même très bien, surtout vu la gueule de certaines péloches sortant au ciné depuis quelques années. Mais j’ai eu cette impression de trop. Le film est beau, on le sait, pas besoin de le dire, ni de l’appuyer, on s’en rend compte tout du long. Là, c’est limite forcé. Sur certains plans, on dirait vraiment de la démonstration, alors que le film n’en a pas besoin. J’ai eu cette impression qu’on tentait de graisser la patte des esthètes, du genre les mecs qui lisent les Cahiers du Cinéma et vont bruncher dans des restaurants à 30 balles la salade servie sur une planche. Vous m’avez compris, je parle de ceux qu’on qualifie de hipster. Bien que ce mot ait perdu de sa signification depuis quelques temps (un hipster n’est pas un mec avec une barbe et une chemise à carreaux), j’ai vraiment eu cette impression que le film voulait s’adresser à une certaine « élite du goût » avant de s’adresser à un public global. Ca n’enlève rien au fait que le film soit beau, c’est juste la manière dont c’est fait qui me rebute un peu. Les protagonistes vivent dans une espèce de maison, et se retrouvent souvent pour mater des vieux films sur une télé vintage. Putain, citez moi un seul de vos potes qui fait ça à l’ère d’internet ? Une ou eux fois, oui, ça doit exister. Mais tout le temps, faut pas se foutre de la gueule du monde. On peut pas reprocher à quelqu’un d’avoir voulu rendre un « produit » plus stylé, mais on peut lui reprocher la manière dont c’est fait. Peut-être que c’est moi qui halluciné, mais pour avoir vu le film qualifié d’ « artsy » plusieurs fois, je sais que je ne suis pas le seul.

Autre chose qui m’a agacé : les dialogues. Au début du film, après avoir baisé, Jay se lance dans un monologue sur la liberté de l’être tout en touchant des fleurs, à la porte d’une voiture vintage. J’ai rigolé. STOP LA BRANLETTE. Ca va pas rendre le film meilleur que de vouloir le placer dans la catégorie « films intelligents » juste parce qu’il se prend pour une pièce de théâtre. Autre exemple vers le climax quand les protagonistes marchent dans une rue en énonçant un dialogue durant une scène qui pourrait sortir tout droit d’un reportage de Vice. Bordel, on sait que le film est clairement destiné à un public underground et se voulant intelligent, du style à se branler sur la programmation de Sundance. ON LE SAIT. STOP DE L APPUYER. T’auras ton 4/5 dans Télérama, c’est bon.

Le message du film n’est pas très clair non plus. Le mal qui poursuit Jay se refile par un rapport sexuel. Un mal qui poursuit ceux qui l’ont contracté et pouvant se présenter sous d’autres formes. Vous aurez saisi l’analogie. Je sais pas trop ce qu’a voulu démontrer le réalisateur (ou si il a voulu ne serait-ce qu’adresser un message à travers son film) mais on ne peut pas blâmer ceux qui ont crié au scandale et au mauvais goût quand on n’explique pas le réel propos du film. Mitchell aurait juste pu dire « Non, pas d’analogie avec les MST » pour se dédouaner mais au lieu de ça, il a laissé planer le doute pour ensuite ronchonner sur les mauvaises intentions qu’on lui a attribuées.

Dernier point qui m’a vraiment fait chier, la musique. Je sais que la BO du film est considérée comme une des meilleures de l’année dernière, j’y ai donc prêté une attention toute particulière. Même constat : comment on a pu qualifier ça de génial ? Sans déconner ? C’est tellement pauvre que j’en perds mon latin, et pourtant, je parle pas un putain de mot de latin. J’ai entendu un mec jouer avec son synthé pendant 1h40, et c’est tellement surévalué que ça me file des boutons. Des mecs ont fait ça il y a genre 30 ans, Carpenter par exemple. A part vouloir flatter une paire de mecs qui trouvent ça « trop bien waaaaah du synthé, c’est abstrait, c’est vraiment unique en 2014 », je vois pas le but. Si la musique peut servir ce qui se passe à l’écran à certains moments, tous les morceaux avec plus d’une tonalité (excepté « Title ») m’ont laissé de marbre.

  • (Grosse) conclusion, je vous préviens.

It Follows est un bon film, le problème est qu’il le revendique trop. Ca m’étonne pas que le film ait fait un carton en festival, il est taillé pour ce genre d’exercices. C’est le prototype même de film concept bien torché qui fait un malheur à Sundance par exemple. Je pense juste qu’il n’a pas besoin de tous ces artifices pour être bon. Je lui reproche majoritairement d’être trop élitiste, mais c’est que mon point de vue. Et cependant, le film reste un mystère pour moi. Je n’explique pas son succès. C’est pas du tout péjoratif. Plutôt bon signe même.

J’veux dire, le paysage cinématographique d’aujourd’hui est rempli par des suites et autres adaptations de romans à succès. Ceci peut-être expliqué par le fait que le public d’aujourd’hui n’aime pas sortir de sa zone de confort et tenter de nouvelles expériences. Quand le prix du ticket dépasse les 9€, on peut le comprendre. Aller voir un film qui n’a pas de background autre que le film lui-même, c’est risqué, et c’est un risque que le public d’aujourd’hui n’est pas prêt à prendre, dans des proportions de masse j’entends. Et pourtant, It Follows a été un relatif succès commercial au cinéma et encore plus en VOD/DVD/Netflix et autres.

Avec raison, Mitchell a proposé un objet filmique « alternatif » car si le film a fonctionné, c’est qu’il y a un public pour ça. C’est bon signe pour l’industrie et les films d’horreur. J’en veux peut être à It Follows d’être l’étendard d’une portion de la population qui se revendique de « bon goût », et ça peut fausser mon jugement. Néanmoins, je le considère comme un bon film, son contrat étant rempli. C’est un peu la métaphore de l’élève qui fait de la lèche. On lui demande une feuille double et il en fait 12, juste pour montrer qu’il en a les moyens mais se vautre tellement dans la complaisance qu’il en oublie le fait qu’il est bon élève et n’a pas besoin de ça.

Ceci étant dit, vous êtes enfin arrivé à la fin de cet article.

Bisous (mérités).