Cloud Atlas : Entre le chef-d’œuvre et l’exercice de style

La Note : 8/10

C’était un mardi soir. En rentrant de l’école, j’avais décidé de manger le plus rapidement possible pour pouvoir m’affaler comme un sac sur mon lit, ce qui est une de mes occupations favorites si vous voulez tout savoir. Mon cul sur une chaise avec un repas devant moi, je m’attelle à ma besogne, lorsque quelqu’un derrière moi allume la télé. Rien de bien surprenant, sauf que contrairement à la chaîne des Philippines à laquelle j’ai le droit quasiment tous les soirs (ma famille d’accueil vient de là-bas), c’est branché sur SyFy. Content d’avoir autre chose qu’un soap opéra incompréhensible, j’aperçois à l’écran Tom Hanks, Halle Berry et Hugh Grant dans le même plan, déguisé en je sais pas trop quoi, avec du latex sur la gueule. Je me dis « C’est bizarre, c’est quoi ce casting ? » Je réalise que j’ai devant les yeux « Cloud Atlas », un film sorti en 2012 qui me chafouine depuis quelques temps. Ni une ni deux, à ma sortie de table, je fonce me mettre devant le film.

par Victor Sanchez

cloud atlas

Donc nous voici avec Cloud Atlas, réalisé par les Frères Wachowski (plus trop des frères depuis que l’un deux a changé de sexe en fait) et Tom Tykwer, avec un casting hétéroclite constitué de Tom Hanks, Hugo Weaving, Halle Berry, Jim Sturgess et James D’Arcy pour ne citer qu’eux.

On va direct attaquer se mettre dans le bain, puisqu’il va m’être impossible de vous résumer ce film. Pas parce que j’ai la flemme mais parce que le film est composé d’une multitudes d’histoires, toutes ayant une résonance dans la diégèse, par-delà les frontières du temps et de l’espace. Voilà. Bon, venant des mecs qui ont fait Matrix, le fait que ce soit niqué à ce point ne m’étonne pas vraiment. A vrai dire, j’en attendais pas moins. Mais ne partez pas en courant, vous louperiez une expérience assez déroutante et un bon divertissement.

L’intention des frè… des Wacho et de Tykwer était de faire leur propre 2001 Odyssée de l’Espace. Bon, on va pas se mentir, non. Ça n’a rien à voir, n’a pas la même portée et pas tout à fait eu le même succès. Par contre, ils ont réussis un très bon film choral (un film mettant en scène plusieurs histoires pouvant avoir un lien entre elles) et un pari scénaristique assez ambitieux.

  • Jongler entre différentes histoires

Jongler entre les histoires n’est pas forcément un exercice compliqué. Voyez le nombre de film choral niais qu’on nous sort chaque année, allant de Love Actually à des films comme Paris, Je t’aime. Il faut juste savoir jongler entre plusieurs récits et leur donner une cohérence dans un univers qui est le même pour toutes ces histoires. Quand on veut développer ce concept et l’étendre sur un récit de science-fiction, de romance, de film policier, de survival, couvrant plusieurs siècles et des univers alternatifs, il faut avoir une sacrée paire de balls et surtout une science du scénario assez vertigineuse.

Le point d’attache entre toutes les histoires de Cloud Atlas, c’est l’amour et la résurrection. Voilà ce que j’ai compris en tout cas, et c’est déjà pas mal. Les récits prennent place dans des lieux différents et époques différentes mais c’est bien l’amour qui guide chacun d’eux, d’une forme et portée différente à chaque fois.

S’être goinfré à Love Actually ne veut pas dire que vous êtes prêts pour Cloud Atlas pour autant. En effet, un des effets de manchette du film est de foutre le bordel dans son montage. C’est-à-dire que les histoires s’entremêlent les unes dans les autres, un plan pouvant se situer dans un récit, et le suivant dans un autre. Si au début, l’exercice est particulièrement rude à appréhender, on s’y fait et à condition de se laisser porter par le film, on n’y fait même plus attention.

  • Bon, est ce que ces paris techniques et artistiques portent leurs fruits pour faire de Cloud Atlas un bon film ?

Je ne sais pas. Vraiment, je ne sais pas. J’ai autant adoré le film qu’il m’a laissé perplexe. Les différents segments sont tous bons dans l’ensemble, bien que n’ayant pas la même intensité. L’expérience est même agréable et c’est très divertissant (quoique long, 2h51), mais je sais pas. Je dirai que ça m’a laissé perplexe parce que… bah parce que c’est bizarre quand même. J’arrive pas à savoir si c’est le concept ou le scénario qui ne m’a pas transporté à mort.

J’arrive pas à écrire une critique correcte puisque je n’arrive pas à juger ce film. Il n’est pas excellent, il est n’est pas mauvais, il est bon. Voilà. Le regarder est une expérience qu’il faut accepter de vivre, et s’y préparer, au risque de passer complétement à côté et de vous faire chier et de ne vraiment rien biter. Je ne révèle rien de l’intrigue, volontairement, histoire de pas spoiler et de laisser aux plus curieux d’entre vous le plaisir de vous immerger dans un univers original.

Si je balbutie pour le scénario, j’ai par contre un mot à dire sur la technique du film. Déjà, bravo au monteur qui a du s’enfiler des cartons d’Aspirine tout au long du montage parce que sans déconner, 2h51 de plans n’ayant pas forcément de continuité les uns entre les autres, c’est exceptionnel. Au niveau de l’écriture, on ne peut qu’applaudir les Wacho et Tywker pour la virtuosité du bouzin, dans son aspect technique en tout cas. Arriver à mêler des histoires de telle manière, c’est vraiment du très bon boulot.

Ensuite, la logistique. Du fait des histoires se déroulant dans des époques différentes, de grands moyens ont été mis en œuvre ne serait-ce qu’au niveau des décors, des costumes et de la photographie. Autre fait important, Cloud Atlas est un film indé, ne dépendant d’aucune major, ce qui en fait un des films indés les plus ambitieux et chers de l’Histoire du Cinéma. On peut aussi applaudir les acteurs, qui jouent des personnages différents (oui, ils reviennent dans tous les récits, en tant que personnage principal ou bien que figurant) et parfois même de sexe différent (le Wacho style).

Il est intéressant de faire une comparaison avec les travaux précédents des réalisateurs. Mais surtout futurs. Vous le savez peut-être si vous suivez l’actu des séries, mais la triplette a accouchée cette année de « Sense 8 », ambitieuse histoire de 8 personnes liées à travers le monde. Il est difficile de ne pas faire de parallèle avec Cloud Atlas, tant le mode opératoire (plusieurs histoires dans le même univers, vécus par des personnes ne se connaissant pas mais qui ont une résonance) est quasi le même. N’ayant pas vu Sense 8, je ne peux pas juger ni comparer les deux œuvres, mais Cloud Atlas semble être un exercice de chauffe, ma foi, plutôt bien maitrisé.

Au final, cette critique est très contrastée. N’arrivant pas à me faire un avis concret mais applaudissant le pari, je peux pas me résoudre à mettre la moyenne à ce film. La note doit être plus haute. Mais n’ayant pas été emballé à l’extrême, je peux pas non plus mettre une note démentielle. Je décide d’aller jeter un œil sur d’autres critiques de films. Et je ne suis pas le seul à ressortir avec cette impression d’être paumé dans mes critères critiques avec ce film. Inconsciemment ou pas, le film laisse les gens perdus. Ne sachant pas si c’est un chef-d’œuvre ou un bien un simple exercice de style.

Peut-être est-ce là une de ses forces. Je ne sais. Ma foi, je ne sais plus.

A bientôt.

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