Arabie Saoudite vs Iran : Crise diplomatique et crainte d’escalade

Les chiites et les sunnites sont deux branches de la religion musulmane, en désaccord sur les bases. Pour une meilleure compréhension de cet article, soyez sûrs d’être au point sur la divergence chiites/sunnites, sinon vous allez galérer.

En Arabie Saoudite (pays majoritairement sunnite), l’éxécution d’un dignitaire chiite respecté a totalement embrasé les relations entre Téhéran (Iran) et Riyad (Arabie Saoudite).

par Nathan Lohéac

Tensions-Arabie-saoudite-Iran-une-lutte-pour-l-hegemonieDes manifestants chiites brandissent le portrait de Nimr al-Nimr / Europe 1

  • C’est quoi ce bordel ?

Le 2 janvier dernier, l’Arabie Saoudite a exécuté 47 personnes accusées de terrorisme. La trèèèès grande majorité d’entre eux étant chiites, ça n’a pas du tout plus à l’Iran qui y a vu un gros manque de respect (sinon une déclaration de guerre). D’autant que l’un de ces 47 exécutés, Nimr al-Nimr, était un mec grave respecté de la communauté chiite, connu pour sa contestation du régime (et ses propos virulents contre la dynastie des Saoud qui règne sur le pays).

  • Mais pourquoi ils ont fait ça ?

C’était un mouvement stratégique. Le monde sunnite est un peu en branle, et l’Arabie Saoudite déplore la radicalisation de plus en plus de sunnites vers des mouvements plus extrémistes (en gros, ils se barrent vers des mouvements plus radicaux pour pouvoir assouvir une envie de défoncer des chiites). Non seulement, c’est relou pour le régime, mais en plus, ça leur vaut de se faire tailler par les occidentaux (nous), qui accusent les saoudiens d’être trop laxistes contre les mouvements djihadistes sunnites.

Du coup, en exécutant une quarantaine de chiites d’un coup sur base d’accusations terroristes, l’Arabie Saoudite pensait bien faire (on n’en doute pas). C’était une manière de dire aux sunnites « ehh, pas besoin de se radicaliser pour buter des chiites », et donc de limiter le djihadisme sunnite sans que cela profite à l’Iran (puisque les victimes sont des chiites). A l’inverse, ce moove permet à Riyad de lutter contre l’expansion de la Révolution iranienne dans sa région, sans pour autant favoriser le radicalisme sunnite. CHAUD ! D’autant que l’Iran avait prévenu que ça n’avait pas intérêt à se passer ainsi.

  • Et du coup ils ont répondu quoi les iraniens ?

Et du coup, l’Iran, majoritairement chiite, a très mal pris la chose. On note quelques réponses violentes (fusillade dans le village natal de Nimr al-Nimr  , manifestations qui dérapent, bombes dans les églises sunnites), et beaucoup de manifestations. Il faut dire que les relations entre les deux grandes puissances du Moyen-Orient ont toujours été un peu compliquées, particulièrement depuis la révolution islamique iranienne de 1979. Souvent en désaccord sur les manières de gérer les crises, Téhéran et Riyad ont déjà rompu leurs relations entre 1987 et 1991 suite à des affrontements sanglants entre pèlerins iraniens et forces saoudiennes #LaMecque1987RPZ. Des manifestants chiites ont envahi l’ambassade de l’Arabie Saoudite à Téhéran et, bien que la police ait réussi à les disperser avant qu’ils ne foutent le feu, ils ont quand même laissé quelques dégâts matériels. Ca n’a pas plu à l’Arabie Saoudite.

  • Et du coup, ils ont répondu quoi les saoudiens ?

Et du coup, avant qu’on ne tourne en rond, il faud comprendre que depuis, c’est l’escalade. L’Arabie Saoudite a fermé son ambassade en Iran, exigé aux ressortissants et diplomates saoudiens de quitter le sol iranien dans les 48 heures, puis rompu les relations commerciales. C’est super tendax. Derrière, d’autres puissances sunnites (Bahreïn, Emirats Arabes Unis, Soudan et Koweït) ont également fermé leurs ambassades à Téhéran en signe de soutien à l’Arabie Saoudite. L’Irak, plus pote avec l’Iran que l’Arabie Saoudite, a choisi de jouer les médiateurs pour mettre fin au plus vite à cette crise qui profite à Daesh.

  • Quoi ? Comment ça, cette crise profite à Daesh ? Quel est le rapport ?

Pas la peine de s’exciter. C’est logique, au final, puisque l’Iran et l’Arabie Saoudite sont deux gros acteurs de la lutte contre l’Etat Islamique au Moyen-Orient. Du coup, ces tensions profitent à Daesh, qui se régale. L’Etat Islamique, qui perdait en puissance ces dernières semaines, peut souffler un coup et se délecter du spectacle de ses ennemis qui se foutent sur la gueule. Tout bénef.

+ Le plus gros massacre de masse en Arabie Saoudite depuis 1980  [ANGLAIS]
+ Cette crise profite à Daesh, que ça ne vous plaise ou non.
+ 10 à 20% des saoudiens sont chiites, et ils ont le cul entre deux chaises