Comprendre le scandale de la FIFA ou « Fifagate »

En cette année 2015, le monde du sport a été marqué par les innombrables révélations sur ce qu’on appelle désormais le « scandale de la FIFA ». Sepp Blatter, Michel Platini, Jérôme Valcke… Ces noms vous disent forcément quelque chose. À moins que vous n’ayez vécu dans une grotte au fin fond du Nicaragua ces derniers mois. Si c’est le cas, pas de panique, on vous explique tout.

Par Rémy Dissoubray

FIFAGATE

  • La FIFA, c’est quoi ?

La Fédération Internationale de Football Association (FIFA) est la fédération sportive internationale du football. Fondée en 1904, elle est le résultat de la fusion de 209 fédérations nationales et elle a pour vocation de gérer et de développer le football dans le monde. La Fifa organise notamment les coupes du monde masculines et féminines de foot tous les quatre ans.

  • Quel est le problème ?

Le 27 mai, à la demande de la justice américaine, plusieurs hauts responsables de la Fifa sont arrêtés à Zurich (Suisse). Ils sont accusés d’être impliqués dans différentes affaires de corruption et de blanchiment d’argent remontant aux vingt dernières années (tout de même). 150 millions de dollars de pots-de-vin et de rétro-commissions sont évoqués.

Deux jours plus tard, malgré le scandale, Sepp Blatter est réélu pour un cinquième mandat de quatre ans à la tête de la Fifa en battant son unique rival, le Jordanien Ali Ben Al Hussein. Le 2 juin, revirement de situation inédit : Sepp Blatter annonce sa démission alors qu’il vient tout juste d’être réélu (vous suivez ?). Le Suisse, qui semblait jusqu’ici hermétique à toutes les polémiques, craque finalement suite aux nombreuses accusations qui touchent la Fifa, en particulier l’attribution controversée des Coupes du monde 2018 et 2022 à la Russie et au Qatar (grands pays de football, c’est bien connu). « Même si j’ai été réélu, je n’avais pas le soutien de tout le monde », avait réagi Blatter lors d’une conférence de presse au siège de l’institution.

  • Quel rapport avec Michel Platini ?

Michel Platini, le président de l’UEFA (association regroupant et représentant les fédérations nationales de football d’Europe) annonce le 29 juillet sa candidature à la présidence de la Fifa, poste qu’il convoite depuis plusieurs années. Il est alors considéré comme le grand favori pour succéder au Suisse. Parallèlement, le Procureur général de Suisse ouvre une procédure pénale pour « gestion déloyale » et « abus de confiance » contre Sepp Blatter. Le dirigeant est soupçonné d’avoir effectué, en 2011, un « paiement déloyal » de 1,83 millions d’euros en faveur de, justement, Michel Platini.

Mais, une nouvelle fois, un rebondissement vient totalement changer la donne. Le 8 octobre, la commission d’éthique décide de suspendre, pour une durée de 90 jours Sepp Blatter, reconnu coupable de « gestion déloyale et abus de confiance », son bras-droit Jérôme Valcke, et Michel Platini. En septembre, Valcke, secrétaire général de la Fifa, est démis de ses fonctions. Il est soupçonné d’avoir tenté de tirer profit de la vente de billets pour la Coupe du monde 2014 (Afrique du Sud).

Quelques jours après avoir entendu Sepp Blatter et l’avocat de Michel Platini, la chambre de jugement de la commission d’éthique de la FIFA suspend les deux dirigeants de toute activité liée au football pour huit ans. Cataclysme sur la planète football.

  • Quelles conséquences ?

Sepp Blatter et Michel Platini, respectivement à la tête de la FIFA et de l’UEFA depuis 1998 et 2007, étaient considérés comme les deux hommes forts du football mondial. Pour beaucoup, c’est le premier, ancien mentor du second, qui l’aurait emporté dans sa chute, afin de ne pas le laisser accéder à la présidence de la Fifa. Alors qu’ils étaient alliés durant les années 2000, leurs relations se sont peu à peu dégradées à cause de divergences profondes sur des sujets importants comme l’utilisation de la vidéo (appelée « goal-line technology »).

  • Et maintenant ?

Le prochain congrès électif, lors duquel auront lieu les nouvelles élections de la Fifa, est fixé au 26 février 2016. Cinq candidats se présentent : le prince Ali de Jordanie, le Français Jérôme Champagne, le Suisse Gianni Infantino, le cheikh Salman du Bahreïn et le Sud-Africain Tokyo Sexwale.

Au lendemain de l’annonce de sa suspension de 8 ans, Michel Platini a dénoncé une injustice. Pour avoir encore un mince espoir de concourir à l’élection présidentielle du 26 février, l’ancien meneur de jeu français a annoncé qu’il allait saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS). Mais tout porte à croire que le calendrier ne jouera pas en sa faveur, puisque la date butoir pour le dépôt des candidatures est fixée au 26 janvier. De son côté, à 79 ans, Sepp Blatter se sait condamné, mais fera tout pour s’en sortir le mieux possible en saisissant, lui aussi, le Tribunal Arbitral du Sport (TAS).

D’ici les prochaines semaines, de nouveaux éléments vont apparaître. Le 25 décembre, on apprenait notamment que Sepp Blatter avait déjà fait l’objet d’une plainte pour détournement de fonds avait en 2002. Mais elle avait été retirée avant que l’affaire ne soit classée sans suite.

+ Chronologie du scandale en 14 dates
+ Tout savoir sur le « Fifagate »
+ Platini, de l’ascension à la chute