Après 25 ans sans élections libres, la Birmanie organise des élections législatives. Un moment historique pour la démocratie locale.

A retrouver dans le News Hebdo #1

2Photo: Des centaines de personnes faisaient déjà la queue à l’ouverture des bureaux de vote / Le Monde

  • Pourquoi c’est si important ?

Depuis 1962, des dictatures militaires se succèdent à la tête de la Birmanie. La dernière élection « libre » date de 1990. L’armée y voyait un moyen de légitimer son pouvoir, mais s’est pris une grosse branlée par la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND). Les résultats n’ont pas été reconnus, afin que l’armée puisse rester au pouvoir. En 2010, une autre élection a été boycottée par le LND, et invalidée par la communauté internationale.

  • Ah ouais donc c’est une dictature quoi ?

Exactement. C’est l’un des pays les plus corrompus au monde, les militaires imposent le travail forcé aux citoyens, seuls 28% des étudiants terminent leur scolarité (source : UNICEF), et la plus grosse exportation du pays est l’opium, approuvée par le gouvernement car elle rapporte plus que toutes les autres exportations réunies. Le pouvoir judiciaire est directement lié au pouvoir exécutif et ni la liberté de la presse ni les droits de l’homme ne sont des priorités.

  • Bon et là comment ça se passe concrètement ?

30 millions d’électeurs ont été appelés à choisir trois candidats : un pour la Chambre Haute (224 sièges), l’autre pour la Chambre Basse (440 sièges), un troisième pour son Parlement régional. Une excellente nouvelle dans les faits, mais on est loin de la perfection démocratique. 25% des deux chambres sont attribuées d’office à des militaires non élus. La population musulmane (5% des Birmans) est exclue de l’élection. Le vote n’est pas assuré dans certaines zones, aux mains de rebelles armés. Le vote depuis l’étranger est compliqué. Bref, au total, pas moins de 4 millions de Birmans ne pourraient pas s’exprimer par les urnes, selon l’hebdomadaire local Irrawady.

  • Et la dictature militaire laisse faire des élections démocratiques ?

Pour l’instant, oui. Le chef de l’armée, Min Aung Hlaing, a déclaré qu’il n’y avait « aucune raison de ne pas accepter ». L’USPD, formée d’anciens généraux et menée par le président sortant Thein Sein, est présente dans la plupart des circonscriptions. Mais la tension est palpable puisque les mecs balancent à la télé des vidéos dans lesquelles ils mettent en garde contre toute tentative de révolution démocratique. On ne sait pas trop comment ils vont réagir à l’annonce des résultats. Mais la junte reste sous la protection de la Constitution, qui lui assure un quart des sièges de l’assemblée.

  • Ces élections peuvent-elles réellement changer les choses ?

Oui, car la principale favorite s’appelle Aung San Suu Kyi. Elle a 70 ans, et c’est elle qui avait remporté l’élection de 1990, déjà sous les couleurs du LND. Elle a été récompensée à plusieurs reprises pour son combat pour les droits humains, que ce soit par le prix Sakharov en 1990 que le Nobel de la paix en 1991. Surnommée « Mère Suu », elle est très appréciée des Birmans et est déjà déclarée vainqueur des élections selon les premiers résultats. Elle pourrait instaurer une démocratie dans un pays dans lequel la plupart des gens votaient pour la première fois ce week-end. Mais pour le moment, on attend les résultats officiels, qui devraient mettre quelques jours à tomber (faute d’absence de traditions électorales). A noter que, selon la Commission Electorale, le taux de participation s’élèverait à 80%.

[BONUS]
– Portrait d’Aung San Suu Kyi par Le Monde
– Il y a 5 ans, « Total accusé de complicité d’assassinats et de travail forcé » en Birmanie par Libération