Mad Max Fury Road : Métal hurlant

par Victor Sanchez

La Note : 10/10

Après un rapide tour dans les rangs de DVD de la médiathèque, je jette mon dévolu sur Mad Max Fury Road, tome 1, de George Miller. Classique des classiques askip. Je mets la galette et j’hallucine pendant le premier quart d’heure. Une introduction monumentale, ça pue le gasoil et ça transpire du sang sur l’écran. Et puis … je me fais chier. Non franchement, je me suis senti gêné. Pour être honnête, ça m’ennuyait beaucoup de ne pas partager l’engouement pour ce classique. Le film se termine pour me laisser un arrière-goût pas franchement agréable. Je retourne à la médiathèque, et trouve le 2 sur une étagère. Décidant de placer ma foi dans des journalistes avec qui je partage les mêmes goûts, je prends le DVD et le regarde le soir même, espérant un miracle, un peu comme les mecs qui font la queue à Lourdes espérant voir la vierge. Et le miracle se produit. Mad Max 2, du même George Miller, avec Mel Gibson, est une bombe en puissance. La qualité des scènes d’action me fait baver et la posture iconique de Mel durant tout le film me fait dire « Wallah, j’ai vu mon premier vrai classique ». Je fais l’impasse sur le 3 et attends la sortie de Fury Road de pied ferme. Et ben mes aïeux, si je m’étais attendu à me faire gifler comme ça, j’aurais surement mis un casque.

Le film est une tuerie

Mad Max Fury Road est un film de George Miller, tourné en 2012, sorti en 2015 (comme quoi le development hell, c’est pas que pour les jeux vidéo), avec Tom Hardy, Charlize Theron, et même Tony de Skins (Nicolas Hoult). Vu les moyens déployés par les producteurs, le film se devait d’être un carton histoire d’être rentable. Nanti d’une promo adéquate (fait assez surprenant compte tenu du film en question), le long métrage a cassé la baraque. Un putain de succès, et une surprise pour beaucoup de monde. Le film est une tuerie. Franchement.

Avant de laisser mes doigts taper des superlatifs que j’utilise en général pour parler de ma propre personne, un bref synopsis s’impose. Le monde a complètement perdu les pédales et ne ressemble plus à rien dans le film de Miller. Ou plutôt il ressemble à un amas de mecs dégénérés à qui on aurait laissé les commandes après un léger abus de picole. Les survivants d’un holocauste, qu’on imagine efficace (vu qu’il ne reste plus grand monde), se foutent sur la gueule pour l’essence et la flotte. Au milieu de ce bordel règne Immortan Joe, un monsieur dégueulasse et sans pitié. Rationnant la flotte comme un mec protégerait sa petite sœur le soir de sa première cuite, il domine le Wasteland, étendue de sables et de gangs plus ou moins ralliés à sa cause. Son bras droit, Imperator Furiosa (Charlize Theron) décide qu’elle en a marre et se fait la malle avec toutes les femmes du patron, ce qui le fout plutôt en rogne. Il lance alors la cavalerie, pour ramener ses muchachas, à la poursuite de Furiosa. Bien dans la merde pour le coup, elle va trouver un soupçon d’espoir en la personne de Max, un étrange étranger (JEANNE AU SECOURS!) un peu bourru mais clairement efficace. S’engage une course poursuite frénétique. Voilou. Si vous cherchez de la finesse et Xavier Dolan, la salle B est encore ouverte. Si d’aventure, vous voulez transpirer et assister à un spectacle éblouissant, gardez bien votre derche dans le fauteuil. Car Fury Road, c’est une fête forraine dirigée par un Miller qui sait parfaitement ce qu’il fait. Laissez-moi vous expliquer point par point pourquoi j’ai pris mon pied.

L’action, LA BAGARRE

Quand on va voir un film d’action, ce qu’on veut, c’est s’en prendre plein la gueule pas vrai? Contrat rempli pour MMFR, et avec brio. C’est simple : le film est une seule et même putain de scène d’action. Ca n’arrête jamais. C’est même épuisant, et on ressort de la salle avec les jambes qui tremblent. Il d’ailleurs est intéressant de constater à quel point un scénario se résumant à une feuille de PQ n’a pour une fois généré aucune grosse vague d’indignation.

Mettant ses protagonistes toujours dans la merde et avec une horde de freaks au cul, Miller place chaque seconde du film dans une urgence perceptible à travers l’écran, et rares sont les moments de répit. Récit d’une course poursuite, il fallait évidemment que ce qui se passe à l’écran tienne la route. Toute l’action déployée à l’écran est justifiée par le simple fait que Miller raconte la fuite et la lutte d’un groupe contre un autre. Les ellipses narratives habituelles sont absentes à partir du moment où la chasse commence. Et c’est pour ça que le film est épuisant : si un chien te court après, tu coures pas 5 minutes et avant de demander un break de 2 minutes au clebs histoire de reprendre ton souffle. Et putain, les scènes d’action de l’espace. Même dans les moments calmes (a.k.a quand personne conduit une caisse/camion ou ne se fout sur la gueule avec un quelconque antagoniste), la tension est omniprésente puisque rappelons-le, ils ont une PUTAIN de horde aux basques. Plus encore que de simples tatanes et défilés motorisés, un souffle épique souffle (c’est bon, j’suis fatigué) sur l’ensemble du film, emportant dans un vent foutrement exaltant les protagonistes et les spectateurs. Les chorégraphies sont sublimes et si le métrage est axé sur le plan horizontal (des bagnoles qui roulent), Miller va plus loin et ajoute une dimension verticale dans la dernière partie du film qui finit de nous faire bondir à notre siège. Ca ne s’arrête jamais. Rarement j’ai pu observer autant de mouvements de caméras en simultané avec l’action à l’écran. Et même quand celle-ci ne bouge pas, l’action à l’écran prend le pas. Rien ni personne n’est statique pendant le film et c’est un tour de force, croyez-moi.

La photo, les décors, le background : le FUCKING Wasteland.

Il est de mise de remplir l’écran de péripéties et de mettre les héros dans des situations qui focalisent toute notre attention. Mais ne pas faire gaffe à l’enrobage serait une grave erreur tant celui-ci revêt une importance capitale dans et la démarche du réalisateur et de ses équipes techniques, et dans la tenue du film. Des univers post-apocalyptiques, on en a vu des centaines. A mon avis, Miller n’a pas essayé de nous projeter dans un univers à l’enrobage original. Le film se déroule dans un désert peu avenant, mais déjà vu ailleurs (en premier lieu dans les premiers volets de Mad Max). Ce qui fait la différence, c’est la manière dont il le shoote. Et l’énorme travail en post-prod à la suite. Jamais auparavant je m’étais extasié devant des décors pourtant simples (des dunes, des rocs) mais rendus tellement vivants grâce à une palette de couleurs phénoménale. L’ocre est roi, mais John Seale (directeur photo à l’œuvre aussi sur Prince of Persia) pousse le délire graphique et visuel très loin et c’est un régal. Si on se doute que les effets spéciaux ont largement aidés sur certaines séquences (exemple de la poursuite dans les marais), on reste béat(rice Dalle) devant ce qu’on nous met devant les yeux. Le Wasteland vit et respire avec son propre code couleur.

Les personnages

Après l’action et les décors, un ingrédient essentiel à la réussite d’un film réside dans ses personnages. MMFR en regorgen et ils sont tous plus tarés les uns que les autres. Les personnages principaux sont brillants. Une des plus grosses inquiétude des fanboys était le remplacement de Mel Gibson par Tom Hardy, loin d’être mauvais acteur, mais succédant à  l’un des rôles les plus sacrés de Gibson. Ce serait comme passer derrière Hugh Jackman dans le rôle de Wolverine. Le Max de Hardy est plus bestial, moins enclin à la conversation et plus à grogner en distribuant des mandales les sourcils froncés. Mais le contrat est rempli. Car si chronologiquement dans notre galaxie, Fury Road est le quatrième opus de la franchise, dans l’univers de celle-ci, il serait plutôt à considérer comme un reboot (on reprend tout à zéro). Miller va même jusqu’à changer l’ex machina de Max (la mort de son enfant) pour repartir sur de nouvelles bases. Pas de changements majeurs non plus, Miller se concentre sur ses personnages et leur présent ultra-direct. Celle qui tire son épingle du jeu, c’est Charlize Theron et son personnage d’Imperator Furiosa. Nantie d’un bras métallique et d’un crâne rasé, elle pulvérise l’écran avec son charisme et prend le rôle à bras le corps. De l’avis de certains, elle éclipse même Max. Le duo qu’elle forme avec Hardy est le noyau central des protagonistes, accompagné il est vrai par le personnage de Nux, un fou furieux qui change de camp interprété brillamment par Nicholas Hoult (son meilleur rôle pour moi) dans la première partie du film, où chacune de ses apparitions est synonyme de moment complétement barré . On retient également les filles de Furiosa, sortes d’innocentes gamines qui se révèlent un brin chelous (et une plus value sexy dans un film qui n’a absolument rien de glam’). Les gentils ne sont pas forcément des enfants de chœur, mais alors putain, allez faire un tour du côté des méchants. C’est simple : je suis juste estomaqué par le fait que le film soit tout public ou presque quand on a une galerie de freaks comme ça dans un film. Du grand bad guy Immortan Joe à ses disciples, c’est un défilé de tarés psychopathes mentales et physiques. On doit bien aimer le bodmo (modifications corporelles) dans le Wasteland. La chair est martyrisée tout comme l’esprit. Ressemblant à des fantômes, les War Boys de Joe sont des fanatiques voués à la cause de leur grand patron, élevé au rang de quasi-Dieu, allant jusqu’à se sacrifier pour lui, dans des élans furieusement iconiques, à savoir se bomber la gueule de peinture acrylique et hurler « Soyez témoins » avant d’aller se fracasser le derche tels des kamikazes. Dans le genre tout public, c’est vachement vénère quand même. La folie transpire de l’écran, littéralement. Vous révélez tout de la galerie de freaks du film vous gâcherait un peu le film, mais si vous voulez du barge qui hurle à la mort en allant au combat, vous allez être servis.

Les bagnoles, ouais, les bagnoles, le tuning, et le foot.

Dernier point avant de me retirer, j’pouvais pas faire l’impasse sur les véhicules. C’est genre un truc important dans un film sur une course poursuite. Si la galerie de persos est bien fournie, Miller et son équipe n’ont pas oublié les bagnoles. Comme faire rouler Max dans une Twingo aurait été un peu se foutre de la gueule du monde, le design des véhicules a débuté il y a près de dix ans (rien que ça). Bagnole mythique du ciné au même titre que peut l’être la Mustang de Starsky & Hutch à la télé, l’Interceptor est le véhicule attitré de Max. Miller lui donne justice en la shootant de très belle manière les 5 premières minutes du film … avant de l’exploser purement et simplement la minute d’après. « Fuck l’Interceptor, on repart vraiment sur de nouvelles bases » semble dire Papa George à l’assemblée. Quitte à se faire la chasse, autant bien la faire. N’ayant pas une connaissance très développée en mécanique, je peux pas détailler outre mesure les véhicules (v’là le turbo V8 cousin) mais insister sur le point suce-cité : les bagnoles, motos et camions sont designés pour faire la putain de guerre. Des piques, des lances, des moteurs gonflés à bloc, des bombes, on ne rigole pas avec la tôle même si celle-ci finit le plus souvent par exploser ou par s’encastrer dans un objet ou une personne quelconque. Au passage, les cascades sont dingues, il faut quand même le dire. On imagine facilement un accident de tournage quand on voit ce que les tarés de cascadeurs sont capables de faire avec un volant. Les effets visuels concernent en majeure partie les décors et le ré-agencement des véhicules en un seul et même plan, tout le reste, c’est du live.

Si je devais résumer ma pensée, ça serait par un gros : PUTAIN MAIS C’EST MORTEL MAD MAX FURY ROAD. Au-delà de ça, j’aurais au moins eu le mérite avec les quelques millions de spectateurs qui ont vus le film de dire que j’ai vu un vrai film punk sur grand écran. Pas de concessions, et d’ailleurs, impossible de se tromper de film, le mec qui prétendait s’attendre à quelque chose de différent a de la merde dans les yeux, la note d’intention est claire, et elle est carrément dans le titre du film. De la folie d’un personnage à la furie d’une horde sauvage. D’un esprit dérangé au hurlement d’une route. SOYEZ TEMOINS !